Spiritualités

" />" />


Pâques à travers le temps




a-Jésus célèbre la pâque juive, en bon pratiquant de la loi juive.


La Pâque juive que Jésus célèbre est la commémoration de la sortie d'Égypte. Pessa'h signifie « passer par-dessus ». Dieu avait demandé aux juifs d'immoler un agneau et d'enduire de son sang le montant de la porte de leur maison. Il leur avait donné cet ordre pour les protéger de la "dixième plaie" qu'Il allait faire subir aux Égyptiens qui refusaient toujours de laisser partir Moïse avec son peuple. Le châtiment fut terrible. Le premier né de chaque famille fut sacrifié.


Tout cela est hautement symbolique, bien sûr, mais constitue un important rituel juif de rassemblement et d'identité.
Dans ce rituel de l'agneau pascal, le sang est symbolique de la protection de Dieu.

Le pain non levé est aussi symbolique de cette fête, car le jour du départ, les juifs n'ont pas eu le temps de faire lever leur pain, ils sont donc partis avec du pain non levé.
Ainsi le pain non levé est-il le symbole de la liberté retrouvée.




b- Pâques pour les Chrétiens


*Les Évangiles


Jésus, fête la Paque juive, juste avant de mourir. Il en reprend les symboles et les enrichit de son propre prophétisme.


-
Du pain, il fait le symbole de son corps.

-Le vin ou le jus de raisin, symbole du sang de l'agneau pascal, ne marque plus les portes avant le grand départ, mais se veut le commencement d'une nouvelle relation avec Dieu qu'il appelle Père.


Les premiers disciples ou les premiers convertis firent de la mort de Jésus une analogie avec le sacrifice juif de l’agneau pascal. Jésus devint cet agneau sacrifié, non plus pour libérer les Juifs, mais l'humanité entière de ses péchés.

Et donc les Pâques chrétiennes devinrent la célébration de la résurrection de Jésus, rédempteur des péchés du monde avec la promesse pour tout chrétien, s'il mène une vie juste et fraternelle de recevoir, lui aussi, la récompense de la Vie éternelle.




Mais Jésus développe une autre idée avec son enseignement sur le Royaume.

Incontestablement les premiers chrétiens ont pensé que ce royaume était à venir, qu'il était le refuge que l'humain trouve après la mort.

Certains Juifs et sans doute aussi certains convertis attendaient que Jésus reviennent dans l a Gloire instaurer un Royaume de gens sauvés, une cité terrestre parfaite.

Certes Jésus prêche la fin des temps et la venue du Royaume, peut-être croyait-il comme ses contemporains à la fin imminente du monde. Mais il n'attendait pas la fin des temps pour proposer d'y entrer.Il ne fait ni de la fin des temps, ni de la mort naturelle la condition du Royaume. C'est à nous de faire venir le royaume, il assure qu'il est déjà là à notre portée. Aux Pharisiens, il dit:«La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et on ne saurait dire : Le voici ! Le voilà! Car, sachez-le, leRoyaume de Dieu est au dedans de vous ».(Lc17,20/21)-

 

Je propose ici la traduction littérale, du verset 17 de Luc, à partir du grec du Codex Bezae Cantabrigiensis, effectué par Sylvie Chabert d'Hyères. Ce codex est sans doute la plus ancienne version conservée des Évangiles.

"Ne vient pas la royauté de Dieu avec observation (astrologique);
-on ne dira pas : voici ici, ou voici là!
Ne croyez pas ! Voici,en effet, la royauté
de Dieu, à l'intérieur de vous est !"(Lc 17, 21-22)


Ainsi,il incitait chacun à entrer dans ce Royaume situé au dedans de soi en créant dès maintenant le lien qui nous unit au Père.

Il appelait à une nouvelle naissance, une sorte de Résurrection que chacun d'entre nous doit réaliser à partir de ce qu'il est.

On ne compte pas les paraboles qui évoquent la transformation de produits basiques en produits finis comme la farine ou le raisin qui sous l'effet d'un ferment (changement) transforme radicalement le produit en un autre produit plus abouti.


Jésus ne cesse d'évoquer cette lente maturation qui fait passer l'Homme d'un état de pauvreté à un état de richesse intérieure.

Il faut mourir seulement à son égoïsme pour entrer dans ce Royaume. Un nouvel être est appelé à naître et sa naissance peut se produire déjà sur terre, à n'importe quel moment.

Dans d'autres parties de son enseignement,Jésus présente le Royaume comme un trésor à acquérir, qui serait une sorte d'éveil à nous-mêmes, à notre héritage divin.




*Les apocryphes


Paradoxalement ce sont dans les évangiles apocryphes de Philippe et de Thomas que la notion de Royaume est la plus claire. Ils traitent essentiellement du dévoilement de ce Royaume.

  L’Évangile de Philippe qui a été écarté par les Pères de l’Église nous donne une bien étrange affirmation et un éclairage inattendu au sujet de cette mort et de cette Résurrection du Christ :

« Ceux qui disent que le Seigneur est d'abord mort

et qu'il est ressuscité ensuite se trompent,

car il est d'abord ressuscité, il est mort ensuite.

Si quelqu'un n'est pas d'abord ressuscité, il ne peut que mourir.

S'il est déjà ressuscité, il est vivant comme Dieu est vivant »

(Évangile apocryphe de Philippe XXI, 1/5)

ou encore dans le même évangile :

« Ceux qui disent qu'on va d'abord mourir et ressusciter ensuite, se trompent.

Celui qui n'est pas ressuscité avant de mourir ne connaît rien, il mourra ».

Voilà qui donne bien à réfléchir sur le Royaume et sur la Résurrection de Jésus....


Thomas qui ne parle ni de la passion, ni de la résurrection a bien compris lui aussi toute la complexité spirituelle du Royaume enseigné par Jésus notamment l'importance de la connaissance de soi, d'un certain éveil à soi, et de l'effort pour retrouver cette filiation divine en soi dès cette vie.

Logion3 :

Jésus a dit :

« Si ceux qui vous guident vous disent: voici, le royaume est dans le ciel, alors les oiseaux du ciel vous devanceront; s'ils vous disent qu'il est dans la mer, alors les poissons vous devanceront. Mais le Royaume est à l'intérieur de vous et il est l'extérieur de vous. Quand vous vous serez connus, alors vous serez connus et vous saurez que c'est vous les fils du père le Vivant. Mais s'il vous arrive de ne pas vous connaître,alors vous êtes dans la pauvreté, et c'est vous la pauvreté. »

Ou encore toujours dans l’Évangile de Thomas, cette affirmation très explicite qui rejoint celle de Luc : 

À ses disciples qui lui demandaient quel jour le Royaume viendrait, Jésus répondit: « Ce n’est pas en guettant qu’on le verra arriver. On ne dira pas : le voici, il est ici ! ni : voici le moment ! Le royaume du Père s’étend sur la terre, mais les hommes ne le voient pas. » (Logion 113)

Nous sommes loin d'un Royaume récompense et loin du salut enclenché par un sacrifice suivi d'une résurrection.On peut donc conclure qu’un Homme bon est déjà dans le Royaume du Père.


En annonçant le Royaume, Jésus savait de quoi il parlait. La façon dont il s’isole pour s’adresser à son Père, la communication qu’il semble avoir avec lui, les différents événements de sa vie témoignent d’une relation étroite avec le Père. Jésus réalise sa divinité dès qu'il devient bon, dès lors il est déjà dans le Royaume qu’il annonce.


La Victoire sur la mort c'est une victoire qui commence quand on décide de la faire commencer.

Aucune Parole , même divine ne peut décrire ce Royaume. Ce Royaume n'existe pas en dehors de notre réalisation personnelle. Il n'existe pas en dehors de nous. Il est la création que nous façonnons chaque jour, en relation directe avec le divin.


Jésus n'a pu en définir que les contours. Jésus, comme les autres y entre seul, il reçoit pour lui seul, la marque de filiation donnée par le Père qui l'a fondu en lui. La rédemption c'est celle que son témoignage a suscité dans le cœur de ceux qui l'ont écouté et qui a sa suite se sont changés et sont entrés dans la même filiation divine.




*C'est ce leitmotiv qui parcourt tout l’Évangiledonné à Arès.


Comme il y a deux mille ans Jésus continue dansl’Évangiledonné à Arès, de proclamer que le «Royaume »est accessible par notre changement intérieur : « La vérité c'est que le monde doit changer ».

Le Royaume est à créer, à réaliser dès maintenant.

L'accomplissement de la Parole est Royaume. C'est ce que vient confirmer la Révélation d'Arès.


Comme Jésus et Marie, il faut enfanter Dieu en soi pour entrer dans le Royaume. Le Royaume est ce retour de l'Homme vers Dieu marqué par une renaissance, un renouveau, une transformation, un changement auxquels la Parole ne cesse de nous inviter.

Il ne suffit pas que Dieu ait créé l'Homme a son Image, l'Homme doit décider de se ré-incarner en Dieu. Si la filiation existe de fait, il faut cependant la faire éclore en soi. C'est ce que j'appelle le mouvement inverse, l'incarnation de l'Homme en son Dieu, au point où Dieu pourrait dire à chacun d'entre nous« Je l'ai fondu en moi », « Il est devenu Moi »(32/5).


Jésus est le prototype de l'humain entré dans le Royaume, devenu effectivement filsde Dieu. A partir du moment où l'Homme met ses pas dans ceux de Dieu, il est dans le Royaume. La mort n'a aucune prise sur lui. Il est entré dans cette Victoire, dans ce triomphe sur la mort.

C'est cette Victoire, accessible à tous que la Révélation d'Arès nous demande de célébrer : une pâque de la vie qui continue, une pâque du royaume qui perdure au delà de la mort.


« Je ne meurs pas, j'entre dans la vie » dit Thérèse de Lisieux juste avant de mourir.


A l'échelle de Dieu, il n'y a pas de rupture entre notre vie terrestre bornée par un espace/temps qui se construit autour d'une lente évolution et une autre vie délivrée de cette contingence.


La Réalité divine est d'un autre ordre. Le Royaume est Présence immédiate et permanente de Dieu.

C'est à ce Royaume permanent que Jésus nous convie.

Le Souffle qui parcourt sans cesse la terre n'est ni dans le passé, ni dans l'avenir : il est. Accéder au Royaume, c'est accéder au Souffle de Dieu qui est Présence Éternelle.



En ce sens le Royaume ne peut pas être à venir, il est ou il n'est pas.

En réalité, la vie éternelle est le Royaume des dieux mais on y entre déjà ici bas.


La prière de Père de l'univers enseignée à la veillée 12 de la Révélation d'Arès nous incite à entrer dans le Royaume dès maintenant.

Après avoir affirmé la Sainteté de Dieu :« Père de l'univers Toi seul es Saint »,on proclame notre désir d'entrer dans son royaume de sainteté : « Que règne sur nous Ta Sainteté »afin que dès maintenant nous ayons« notre nourriture »,que nous« puissions pardonner et recevoir pardon »,que nous « résistions aux tentations  et que soit abattu le malin » et sans transition qui serait marquée par l'évènement de la mort, « pour que règnent à jamais sur nous Ta Sainteté, Ta Puissance et Ta Lumière ».


Vivre dans la justice et la fraternité c'est le Royaume de Dieu. La mort n'est que la fin d'une expérience qui se continue au delà.