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TEMOIGNAGE D'UN HUMANISTE EN TURQUIE LORS DE EMEUTES

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TEMOIGNAGE D'UN HUMANISTE EN TURQUIE LORS DE EMEUTES

Message  Invité le Mar 30 Juil 2013 - 14:02

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MAI-JUIN 2013

RECIT DE VOYAGE : Florent, de retour d'Istanbul nous livre un regard sur l'actualité qui diffère sensiblement de celui des médias !
...

"Un regard social plus qu'interne pour cette "carte postale" .
Ankara est austère et douce, à 1000 mètres d'altitude. Des immeubles avec des cafés à chaque étage.
Après le travail, les gens commençaient leurs rassemblements. Dans les quartiers, aux fenêtres, dans la rue, des gens faisant joyeusement du bruit avec des cuillères, des sifflets, faisaient clignoter l'électricité.
Les klaxons des voitures et des bus leur répondaient en signe de reconnaissance.
Aucune agressivité, jamais, mais des sourires, de la joie, une énergie très dense chez les gens.
Un décalage complet avec les médias. Pourtant il y a eu un mort ici le mercredi dernier, un proche de nos amis.
Mais aucun désir de vengeance, une grande indignation, une grande colère bien sûr, mais transformée en élan vers les autres pour faire grandir cette sensibilité fermement non violente.

Quant à Istanbul, ce n'est pas une ville, c'est un monde de décalages constants où se mêlent la barbarie et la bonté, le tourisme et la révolution, la bossa nova et l'appel à la prière, des millénaires d'histoire et le surgissement du futur depuis l'intérieur des gens.
J'étais avec un de nos amis turc messager, avocat la nuit où la nouvelle forme de protestation, "se tenir debout", a commencé et s'est propagée sur internet. La consigne passée, sous forme d'anecdote réelle rapportée, était la suivante :
Un homme se tient debout sur la place.
un policier : "Que faites vous ici?
- J'attends un ami
- Quand doit-il venir?
- Je ne sais pas
- Comment s'appelle-t-il?"
... et le type répond en donnant le nom d'un manifestant tué.

L'inventivité se renouvelle chaque jour, déroutant le gouvernement. Parfois les gens sont debout dans la rue les uns à côté des autres, sans former d'attroupement, juste en train de lire un livre. C'est extraordinaire.

Bien sûr il y a la tristesse, les chocs des gaz asphyxiants, les morts et les blessés, les suicides des policiers (passés sous silence), les canons à eau mêlée de produit chimique qui provoque une irritation de la peau pendant deux heures.
Jamais je n'ai vu d'agression de la part des gens, ni de "groupes marginaux", mais par contre une répression féroce, arbitraire, qui doit être dite et dénoncée partout pour que le mot "justice" ne soit pas un rêve.
Les policiers que j'ai vus sont des gamins le plus souvent, des filles et garçons. 18, 30 ans maximum.
Les gens discutent avec eux dans les "temps de pause" en essayant qu'ils reconnectent leur cerveau, mais la stratégie des autorités est scandaleuse : ils les laissent sans manger, sans repos, sans commodité, des journées entières.
Alors quand l'ordre de charger leur est donné, ils sont tellement altérés que leur déchainement de violence est atterrant.
Ils arrêtent des avocats, des médecins. A Taksim dimanche dernier, ils ont lancé des gaz dans un hôtel qui accueillait des blessés. Mais les gens reviennent le lendemain, plus nombreux, inventent de nouveau moyens de protester.

Les arbres de Gezi Park ne semblent être qu'une projection d'une grande partie de la population qui n'a plus d'oxygène. Aucun commentaire sur des thèmes économiques dont on est saturés en France,
juste un désir de "choses simples" et des valeurs humaines, comme me commentait une famille rencontrée à Kizilay, la place centrale d'Ankara.

Non loin de là, en Grèce, la loi des banquiers essaie de faire disparaître la télévision nationale. L'orchestre national a du donner son ultime concert la semaine dernière. Ils veulent tout manger, tout s'approprier dans la plus grande impunité.

Le gouvernement islandais a pourtant démontré pour son pays qu'une vraie démocratie est capable de fonctionner.
Au lieu de faire payer aux gens la dette des banques (comme chez nous ), ils ont arrêté les banquiers pour escroquerie.

Rien n'est tranquille donc, comme disait Silo, mais c'est vrai : il est en train de naître une nouvelle sensibilité depuis le cœur des gens.
Une sensibilité qui dit : "traite les autres comme tu veux qu'ils te traitent."
Sera-t-elle capable de donner à nos vies et à l'Histoire humaine une nouvelle splendeur?

J'espère que vous allez toutes et tous bien, je vous envoie de gros bisous et des fuerte abrazo !"

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