Spiritualités

Self islam

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Self islam

Message  pat le Sam 26 Jan 2008 - 8:13

Je me contenterai de citer un passage du livre de Abdennour Bidar, qui témoigne de la spiritualité profonde que cet homme a puisé dans la lecture du Coran. Il a été élevé par une mère musulmane et lui-même se considère comme musulman non-arabe.

« Je ne porte l'islam ni sur mon visage, ni sur mes vêtements, ni sur mon mode de vie. Mon islam est plein et invisible à la fois. Il s'adapte à toutes les situations: je peux vivre avec des chrétiens, des juifs,des bouddhistes, des athées, etc..., sans aucun sentiment de distance, sans percevoir de barrières, sans rester en retrait.....

...L'unité du monde en Allah-le témoignage de l'islam, selon lequel « il n'y a de réalité qu' Allah »- n'a pas été d'abord une théorie spirituelle, mais mon expérience même de la vie. Une vie sans frontière entre islam et christianisme, religion et athéisme, sacré et profane, mais où je passais sans arrêt de l'un à l'autre sans qu'en moi la présence de Dieu diminue d'un souffle...

...il faut renoncer à reconnaître ne serait ce que la moindre autorité et valeur à tous les versets discriminatoires du Coran (versets hostiles au juifs, aux infidèles, aux femmes, etc....
.... »

pat

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Re: Self islam

Message  Invité le Lun 4 Fév 2008 - 0:59

Extraits d'une interview Oumma.com
http://oumma.com/Abdennour-Bidar-Il-nous-faut-ni

Abdennour Bidar : " Il nous faut ni plus ni moins qu’une nouvelle éducation musulmane"

Abdennour Bidar : « Singularité » de mon islam, en effet, étrangeté de ma situation personnelle, puisque cet islam me fut transmis par ma mère française convertie à la fin des années soixante. Je suis donc « né musulman » hors de tout contexte culturel islamique, au cœur de la France profonde, à Clermont-Ferrand précisément. Nous vivions notre islam sur une sorte d’ « île de piété », très isolés : sans soutien extérieur, ma mère nous apprenait la lecture de la langue arabe, celle du Coran… Je me souviens encore d’avoir appris toutes les petites sourates de la fin en faisant la vaisselle avec elle !
[...]

Oumma.com : Durant votre adolescence, vous éprouvez la difficulté de choisir entre l’Orient et l’Occident au sens où l’entend René Guénon. L’Orient islamique spirituel auquel vous êtes attaché sous l’influence incontestable du soufisme, et l’Occident où vous êtes admis à l’école normale supérieure, temple « profane » de l’université française. Votre Self Islam est-il une réponse intellectuelle à ce dilemme Orient/ Occident ?

Abdennour Bidar : Self islam ne veut pas dire « islam à la carte », « islam en libre-service ». C’est un islam de la responsabilité personnelle, fondé sur une seule question : « Dans l’héritage de ma tradition, de quoi ai-je personnellement besoin, ici et maintenant, pour continuer à me sentir pleinement musulman ? » Je crois que seule une telle question – que chaque individu de culture musulmane est appelé à se poser - peut ouvrir la voie d’un islam compatible avec le principe de liberté individuelle, de liberté de conscience.

Non pas : que disent les docteurs, les oulémas, les imams, mes parents, mes oncles, mes sœurs, mes frères, etc. Leur avis peut être écouté, mais en dernier ressort que me dit ma propre conscience ? Que me dit mon propre cœur ? Comment vivre ma foi, ma culture pour être en accord avec moi-même ? Pour être fier de mon identité, en accord aussi bien avec elle et avec le monde, sans conflit intérieur ni extérieur ? C’est par cette voie de l’interrogation personnelle et de l’autonomie spirituelle que chacun peut échapper au poids de la tradition, et en même temps conserver la maîtrise de sa vie, ne pas se laisser emporter ni par l’oubli, l’indifférence, à sa culture d’origine, ni à l’autre extrême par le repli sur des conceptions « toutes faites » de l’islam.

Que chacun dise sereinement « je pratique le self islam », ce qui veut dire : je n’agis pas de façon aveugle, je ne suis soumis à personne, je fais mes propres choix, je n’ai pas abandonné ma tradition, mais je ne suis ni son esclave, ni celui des coutumes familiales, ni de l’imam du quartier, ni des prédicateurs du Moyen-Orient qui voudraient me dicter ma conduite par parabole. Voilà à mon sens comment l’islam peut entrer de la façon la plus intelligente dans la société globale où la valeur principale est justement le libre choix par chacun de son mode de vie, de ses mœurs – dans la limite du respect d’autrui.

Le self islam n’est donc pas du tout un « nouvel islam », mais une façon de vivre l’islam qui réalise l’accord entre deux impératifs : l’impératif de fidélité à notre héritage, l’impératif d’adhésion au principe de liberté de conscience. Avec le self islam, le dilemme Orient-Occident tombe de lui-même, puisque d’une part l’islam adopte le principe majeur de l’Occident – la liberté absolue du choix personnel – et d’autre part ne se perd pas lui-même – puisque le musulman continue de mener une vie spirituelle, et même la plus consciente, la plus approfondie, la plus responsable qui soit. « Pas de contrainte en religion », combien de fois faudra-t-il citer ce verset pour nul ne soit plus tenté d’imposer aux autres musulmans un seul islam, une seule façon d’être musulman ?

La liberté individuelle a toujours existé en islam, certes. Mais aussi, reconnaissons-le, la pression du groupe, le jugement des autres. Et aussi l’habitude de croire, profondément enracinée en chacune de nos consciences, que le véritable islam est l’obéissance à tout ce que le Coran et la Sunna nous ont transmis, et que les théologiens-juristes ont développé au sein de chacune des grandes écoles juridiques, puis que des générations d’oulémas et d’imams ont imposé, relayés eux-mêmes par la fixation des coutumes.

Ne confondons plus la parole de Dieu avec ce que des siècles d’interprétation humaine lui ont fait dire ! Ne rejetons pas tout cela, mais posons-le sereinement devant nous : droit personnel d’inventaire, devoir personnel de choix. Vis-à-vis du dogme, de la loi (shari ‘a), et de tout ce que l’islam range selon cinq catégories (l’obligatoire, le recommandé, le permis, le déconseillé, l’interdit), que chacun exerce sa responsabilité personnelle, selon la parole coranique « Allah n’impose à chacun que ce qu’il peut porter » (II, 286).

Liberté ne veut pas dire facilité. Liberté ne veut pas dire suppression de la loi – mais intériorisation. Intériorisation du rapport à la loi : c’est de l’intérieur de ma propre conscience spirituelle que la voix d’Allah me parvient, c’est à partir de ma propre liberté spirituelle que je réponds à la sollicitation d’Allah. Que chacun détermine ainsi son propre rapport au dogme et à la loi, selon un critère primordial : de quoi ai-je personnellement besoin pour me sentir en paix ? Avec toutes les questions subsidiaires, et que notre responsabilité, là encore, ne saurait éviter : si je suis en milieu occidental, qu’est-ce qui est compatible avec l’extérieur ?
Qu’est-ce qui risque de provoquer l’incompréhension des non-musulmans ? Comment éviter de déclencher l’hostilité ? Comment agir de la façon la plus authentique et pacifique à la fois ?

Personnellement, avec les non-musulmans, je ne me conduis jamais en partant du principe « voilà ma différence, accepte-là », mais toujours en me demandant d’abord « que peut-il comprendre et accepter de ma différence, et comment trouver le moyen de faire malgré tout monde commun avec lui, comment trouver ou constituer des valeurs, des principes partagés ? » Non pas imposer sa différence, ni à l’autre extrême l’abandonner ou la dissimuler, mais se demander si elle est tolérable pour l’autre.


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.BIDAR

Message  pat le Lun 31 Mar 2008 - 20:41

Encore un passage du livre de A.Bidar, que je conseille de lire :

"Enfin, l'occident n'est pas du tout devenu--contrairement à ce que j'ai cru moi aussi pendant un certain temps—un désert spirituel, ce que j' appelais dans mes jeunes années « un cimetière de l'âme ». Je crois qu' contraire que son nihilisme, son athéisme, son esprit critique, bref tout ce qu'il comportait en lui de puissance de négation a eu une vertu immense : elle nous a débarrassé de tout ce que les religions avaient accumulé d'obscurantisme, de superstition, de formalisme. L'esprit critique de la modernité a dissous tout cela comme un acide purificateur. Il n'a pas détruit la dimension spirituelles de l'existence, mais l' a complètement nettoyée...."


"..Tout remettre à la liberté de chaque musulman. Strictement tout. Parce que encore une fois, Allah le Vivant réclame cette liberté totale des hommes... ...chaque conscience musulmane doit maintenant être laissé entièrement libre du choix de son mode d' adhésion à la culture islamique....Ce que le Livre interdit ou ordonne ne sont que des interdictions ou des obligations possibles. A chaque homme ensuite de décider ce qu'il veut faire de cette possibilité offerte par le Coran...."

...
« Parmi tout ce que propose le Coran, de quelles pratiques ai-je personnellement besoin, ici et maintenant, pour conduire et nourrir ma vie spirituelle. »


..."Qui ne voit pas qu' il n'y a rien de plus difficile que la liberté ? Rien n'est plus difficile en effet que de se poser la question : » De quoi ai-je besoin spirituellement? » Car cela réclame de savoir mener un véritable examen intérieur, de savoir rentrer en soi-même, de méditer, de se demander où on en est exactement par rapport à sa foi, à sa pratique, à Dieu. Et au contraire, rien n'est plus facile que d'appliquer mécaniquement la loi religieuse....
Car tous les maux de la civilisation islamique viennent d'une religion qui –dès la plus petite enfance—incruste au fond de la personnalité ce commandement de la soumission."

L'auteur ensuite nous propose de dépasser ce commandement de la soumission qui appliqué au plan social finit par avoir des effets négatifs. Il se réfère à une parole du prophète énonçant que le musulman dans sa quête spirituelle passera de l'islam (la soumission) à l'iman (la foi), puis à l'ihsan (l'excellence).

« Le musulman est invité à dépasser l'islam comme soumission pour aller vers l'ihsan....
...Qu'est ce que l'excellence?...
...c'est le fait de mener la vie spirituelle qui convient à notre propre nature. Trouver sa propre voie. « Quiconque est bien dirigé ne l'est que pour lui-même » (Coran, XVII, 15)...
...Atteindre l'ihsan suppose donc de chercher en soi-même pour découvrir ses propres besoins spirituels...
...Chaque jour, je regarde en moi, je regarde dans quel état est ma relation à dieu, selon la pratique du mounajat (l' entretien intime avec soi-même)..
.
...Je rêve d'un islam européen....où l'islam exprime enfin son plus grand génie, celui de la contemplation de l'univers entier comme expression d'une liberté sans limites, Liberté d'Allah prenant toutes les formes.

Et A. Bidar conclut son livre en citant le poète Mohammed Iqbal, qui résume bien l'excellence spirituelle qu'il souhaite voir s'épanouir ici en Europe, à partir de l'islam:

« La vie est une et continue.
L'homme va toujours de l'avant pour recevoir des illuminations toujours nouvelles provenant d'une Réalité infinie qui à chaque instant apparaît dans une gloire nouvelle.
Et celui qui reçoit l'illumination n'est pas simplement passif.
Chaque acte d'un ego libre crée une nouvelle situation et offre ainsi des possibilités plus étendues encore au déploiement créateur. »

pat

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Re: Self islam

Message  Invité le Lun 29 Mar 2010 - 0:43

Une approche qui va dans le même sens de Frédéric Lenoir
http://www.fredericlenoir.com/web/content/view/53/59/lang,fr/


L’islam, et les fanatiques
Psychologies Magazine, novembre 2001.

Depuis le 11 septembre, le spectre du fanatisme religieux hante les esprits, et beaucoup se demandent si la violence est intrinsèque à l’islam. S’appuyant non plus seulement sur l’histoire, mais sur des versets du Coran, certains affirment que cette religion est viscéralement fanatique et guerrière. Ne pas l’admettre, disent-ils, serait une erreur aussi grave que l’aveuglement passé des Occidentaux face au communisme ou au nazisme. Suite à ma dernière chronique, j’ai reçu plusieurs mails de lecteurs de “Psychologies” allant en ce sens. Je le redis ici très clairement : je n’adhère pas à cette vision des choses.

Ecrit environ trente ans après la mort du Prophète à partir de traditions orales, le Coran est imprégné d’une idéologie qui était celle de l’islam conquérant. Le fameux djihad, l’appel à la guerre sainte, enjoint les musulmans à se battre contre les infidèles – «qui ne sont que souillure» – afin de les convertir (sourate IX). Mais, à côté de ces textes, on trouve de nombreuses paroles qui présentent Dieu comme «le Miséricordieux plein de miséricorde» (sourate I) et appellent les croyants à conformer leur vie à la justice et à la miséricorde divine (sourate III, 5).

Cette ambivalence entre amour et violence n’est pas propre au Coran. Elle est le fait des religions qui se prétendent «révélées», c’est-à-dire données par Dieu aux croyants à travers un texte sacré. On trouve dans la Bible de nombreux passages où Dieu enjoint les Juifs à massacrer leurs adversaires pour conquérir la Terre promise (Josué, 8 et, au temps des croisades, l’Eglise catholique trouvait dans les Ecritures une justification à sa politique de conquête et de meurtre. De même que les Evangiles ont donné François d’Assise et le Grand Inquisiteur, le Coran a inspiré les plus beaux poèmes d’amour et les attentats du 11 septembre.

Cette ambiguïté des textes pose la question de leur interprétation. Une interprétation littérale des versets les plus belliqueux conduit nécessairement aux pires extrémités. Le fanatisme se nourrit du fondamentalisme. Avec le temps, et travaillées par la modernité, les communautés juives et chrétiennes ont su développer une lecture critique de leurs Ecritures. Cela les a conduits à une interprétation humaniste, offrant une explication spirituelle, allégorique ou symbolique des passages semblant contredire les notions, reconnues comme fondamentales, d’amour et de respect d’autrui.

Le vrai problème de l’islam n’est donc pas le Coran, mais la peur de la modernité chez de nombreux chefs religieux, et l’absence d’interprétation communautaire qui puisse hiérarchiser les contradictions même du texte, à travers une lecture privilégiant une foi respectueuse des autres, notamment des femmes et des non-musulmans. Sur ce point, l’islam, né près de quinze siècles après le judaïsme et six après le christianisme, est encore une religion «jeune». Pourtant, dès ses origines, certains courants mystiques comme le soufisme se sont attelés à cette tâche. Le djihad n’était plus
alors interprété comme une conquête guerrière, mais comme un effort sur soi, une conquête intérieure, l’infidèle devenant tout ce qui résiste à la foi et à l’amour de Dieu dans le cœur du croyant.
Malheureusement, de telles lectures sont restées marginales, combattues par les autorités ayant peur de privilégier l’esprit par rapport à la lettre.

L’instrumentalisation du Coran par des terroristes rend urgents, pour les nombreux musulmans pieux et pacifistes, une relecture critique de leurs sources et un travail institutionnel d’interprétation. Alors seulement la communauté musulmane pourra opposer aux lectures les plus sectaires une interprétation autorisée du texte coranique, disqualifiant ainsi les interprétations de leaders en quête de revanche contre l’Occident (Ben Laden), ou nostalgiques d’une société entièrement soumise à la charia (taliban). Et on ne les aidera certainement pas à réaliser cet effort salutaire en les diabolisant, à la manière dont leurs fanatiques diabolisent les Occidentaux.

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Re: Self islam

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