Spiritualités

Ne pas juger

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Ne pas juger

Message  pat le Mer 28 Mai 2008 - 22:16

Sur le forum de Jean-Yves, quelqu'un a abordé ce thème du non-jugement ICI.
Cliquer sur ici et vous trouverez les réflexions des différents intervenants sur ce sujet intéressant. Pour lancer le débat sur ce forum, je vous livre ce que je viens de poster sur son forum à ce sujet


Ne pas juger l'autre, c'est une décision morale que nous prenons comme nous pouvons prendre la décision de ne plus mentir ou de pardonner.....
L'idéal serait sans doute comme le dit Sahaja « de se rendre compte qu'il n'y a pas d'Autre ». Ce degré de conscience suppose une forme aboutie de la spiritualité.

Mais notre humanité dans son ensemble s'éprouve à la fois dans l'altérité et dans la ressemblance.
Le sentiment de l'unité cosmique qui est pourtant une réalité n'est pas un sentiment très commun et peut-être après tout, n'est-il qu'un sentiment ultime, mais qu'en attendant c'est dans l'altérité, la dualité, que notre évolution est possible.

L'homme, en effet, recherche éperdument l'unité, l'osmose, l'alter ego, l'amour absolu, la fusion, mais il sait que cette béatitude n'est sans doute qu'une finalité, qu'un but à atteindre et que son évolution passera plutôt par une co-habitation de la différence, la dualité avec l'unité tant désirée. Co-habitation qui n'exclut toutefois pas la possibilité d' harmonie.

Juger l'autre trahit donc notre refus de cette différence. Le jugement prend sa racine dans notre désir d'unité, car nous supportons mal la différence qui est souvent vu comme une opposition.

Juger l'autre, c'est le ramener de force à ce que nous sommes. C'est le ramener à nos propres critères, à nos conventions, à notre arbitraire.

Juger c'est ne pas accepter l'altérité de l'autre, c'est se priver de ce que nous pourrions être grâce à lui. Juger c'est condamner l'autre à être ce que nous sommes, mais c'est aussi se condamner soi-même à rester ce que l'on est.
C'est se priver d'évolution possible.

Juger l'autre c'est en faire mon bouc émissaire, celui que j'oblige à digérer tout ce que je trouve indigeste en moi.


A l'inverse ne plus juger, c'est arriver à être ne paix avec soi-même
Car en acceptant, à la fois, l'altérité qu'il représente mais aussi la proximité qu'il a avec moi, l'autre est convié à participer à ma propre évolution.

Par exemple, si je n'avais pas lu avec empathie ce que chacun a écrit sur ce sujet, je n'aurais pas pu écrire ces lignes.

Ne pas juger ne nous donne pas une vertu morale témoignant d'une certaine ouverture, mais c'est aussi un principe vital de l'évolution humaine. Cela me permet d'évoluer moi-même.
Le regard que nous nous renvoyons nous donne de l'existence. Notre altérité même, nous donne de la consistance.

Ceux qui ont compris la nécessité de l'altérité jugent moins, mais il n'y a pas de recettes.
Comme dans tout acte spirituel, c'est à chacun de trouver pour lui-même sa manière de faire. Ce n'est pas comme dans les actes moraux qui peuvent subir une sanction si on ne les accomplit pas, ici pas de sanction, c'est un accomplissement personnel et libre.

pat

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Re: Ne pas juger

Message  Invité le Sam 7 Nov 2009 - 10:41

Il existe une différence de sens, et existentielle, entre constater et juger.

Juger, sans aller jusqu'à la présomption d'affirmer la perte ou le salut de quelqu'un,
c'est plus que constater,
qui est déjà plus qu'observer :
c'est tout simplement déduire d'une observation - objective - un constat - subjectif -,
et du constat,
un reproche.



Mais

“Si tout ton être est au service de la délivrance,
alors tu vas mesurer -
et non juger“


Dialogues avec l'ange

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Re: Ne pas juger

Message  pat le Sam 7 Nov 2009 - 12:26

Le problème c'est qu'une observation objective ça n'existe pas.
A partir de l'instant où il y a un observateur, il y a "interprétation".
Le fait raisonne en nous, nous interpelle. Et instinctivement nous nous situons par rapport à ce fait : comment aurais-je réagi à sa place ? Il a tort de s'emporter comme ça ? si j'étais lui, je ne me laisserais pas faire. C'est pas bien ce qu'il a fait ! c'est bien ce qu'il a fait ! sous entendu moi j'aurais fait ça, mais pas ça.
Notre éducation qui est essentiellement basé sur la comparaison avec un modèle sensé être idéal nous formate à cet exercice. Je ne juge d'ailleurs pas (en l'occurrence) cette éducation, je ne sais pas si c'est bon ou mauvais. il nous faut aussi des re-pères.

Le passage d'une observation objective comme tu dis, au constat subjectif n'est pas un véritable passage. Je crois tout bonnement qu'il n'existe pas, car nous n'avons pas accès à l'observation objective (c'est sans doute le domaine du divin)

Ne pas juger est presque impossible car contre nature. C'est pour ça que je pense qu'on ne peut agir que par décision, comme pour aimer son ennemi. Tout ça est à ranger dans la case liberté d'agir et non pas dans la case bon sentiment.

Pour finir, il me vient une image à l'esprit.
Je vous promets un super ragot sur tel ou tel, un inédit qui va vous surprendre du genre machin a couché avec truc. On part du principe que ça vous intéresse. Et bien ,pour renoncer à écouter ce ragot, il vous faudra faire un effort, le décider, vous dire : si je me laisse aller c'est vrai que ce ragot m'intéresse, mais pour des raisons spirituelles, je décide de m'en passer, car cela ne me fera pas grandir , au contraire. Pour le jugement, c'est pareil, je refuse de me laisser aller à ce genre d'exercice. Je refuse de me laisser piéger, et pourtant la puce est là prête à bondir du dessus de ma langue. On ne l'empêchera pas d'être là, on l'empêchera juste de bondir.

Vous allez dire que j'ai une vision un peu volontariste de la vie. Sans doute, mais surtout je ne vois pas comment aborder ces choses autrement. Je crois que ce qui caractérise l'humain c'est de pouvoir décider, de pouvoir dire oui ou non. Et lorsque l'humain n'utilise pas ce pouvoir, il s'étiole, il disparait englouti par un flot de propositions toutes plus contradictoires les unes que les autres.

pat

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Re: Ne pas juger

Message  Invité le Sam 7 Nov 2009 - 14:26

Le sujet du non-jugement – et donc sa pratique – sont un fondamental de l’évangile. Combien de fois je lis, j’entends : « tu juges », « non je ne juge pas », etc.

C’est pourquoi je trouve utile de creuser encore ici (et ailleurs) non nos cervelles, mais nos expériences + l’enseignement pour peut-être clarifier un peu plus le sujet.

Je poursuis donc, grâce à la réponse détaillée de Pat.
Tu écris Pat :

Le problème c'est qu'une observation objective ça n'existe pas.
A partir de l'instant où il y a un observateur, il y a "interprétation".


Regardons-y de plus près.
1) J’observe un fait : une personne maltraite une autre personne (viol par exemple).
Certes j’interprète instantanément, mais il ne s’agit pas d’une dénaturation du fait observé, qui existe (hélas) indépendamment de mon regard. C’est ce que veut dire observation « objective » (relative) : la subjectivité de l’observateur est un fait, mais le fait objectif aussi, et la relation entre les deux n’est pas en soi faussée/fausse – précisément tant qu’il n’y a pas eu jugement.
En science aussi, on admet la relativité de l’objectivité, due en particulier à l’altération du fait observé par le regard qui observe (manifeste en physique quantique, où la réalité se présente onde ou particule au choix du regard.).
Mais l’on parvient cependant à constituer une science opérationnelle, donc à établir avec efficience une (relative) objectivité.

2) Donc il y a bien passage (même s’il est imperceptible) de l’observation (relativement objective : il y a un fait ; un viol), au constat : c’est mal.
Constat qui n’est pas encore jugement sur la personne, mais ressenti subjectif.
Du constat, vient ensuite (ou non) la condamnation de la personne, le jugement, moral ou judiciaire (qui est le jugement moral mis en loi).
C’est ce pas là que l’enseignement nous demande fermement de ne pas franchir.
Nous n’avons donc pas à fermer les yeux (même sur des faits minimes), ni non plus à « relativiser » le mal, qui est le mal, mais pas le moindre petit jugement au fond de la tête.



Ne pas juger est presque impossible car contre nature.

C’est pourquoi j’y vois l’acte/décision/effort individuel vraiment fondamental ; celui qui restaure(ra) d’hommes à hommes de façon tangible, active le fil de Lumière.
Parce que plus nous viderons nos têtes/nos cœurs de tout jugement, de même que des sciences vaniteuses, plus nous discernerons le mal sans condamner, plus la transfiguration aura de place/ de chances, transfiguration qui consiste en particulier à (faire) acquérir le regard des anges qui ont vue sur Dieu en toutes choses.

Pour finir, il me vient une image à l'esprit.
Je vous promets un super ragot sur tel ou tel, un inédit qui va vous surprendre du genre machin a couché avec truc. On part du principe que ça vous intéresse. Et bien ,pour renoncer à écouter ce ragot, il vous faudra faire un effort, le décider, vous dire : si je me laisse aller c'est vrai que ce ragot m'intéresse, mais pour des raisons spirituelles, je décide de m'en passer, car cela ne me fera pas grandir , au contraire. Pour le jugement, c'est pareil, je refuse de me laisser aller à ce genre d'exercice. Je refuse de me laisser piéger, et pourtant la puce est là prête à bondir du dessus de ma langue. On ne l'empêchera pas d'être là, on l'empêchera juste de bondir.


- Très bonne illustration je trouve ! Renoncer à nourrir ce qui divise.

Nous avançons clopin clopant sur :
- nos renoncements fondamentaux (non jugement, non domination), qui évitent le mal.
- notre effort de vertu, qui rayonne d'elle-même.

Vous allez dire que j'ai une vision un peu volontariste de la vie.

- Je dis que l’évangile est un volontarisme de la Vie.
Je pense que c’est pourquoi il dérange aujourd’hui comme hier et demain beaucoup de spirituels pour qui le Ciel « doit » tomber tout cuit.
Or la cuisson nous revient.




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Re: Ne pas juger

Message  Invité le Dim 8 Nov 2009 - 4:29

Donc il y a bien passage (même s’il est imperceptible) de l’observation (relativement objective : il y a un fait ; un viol), au constat : c’est mal.
Constat qui n’est pas encore jugement sur la personne, mais ressenti subjectif.
Du constat, vient ensuite (ou non) la condamnation de la personne, le jugement, moral ou judiciaire (qui est le jugement moral mis en loi).
C’est ce pas là que l’enseignement nous demande fermement de ne pas franchir.
Nous n’avons donc pas à fermer les yeux (même sur des faits minimes), ni non plus à « relativiser » le mal, qui est le mal, mais pas le moindre petit jugement au fond de la tête.
Ne pas juger ne veut pas dire se taire devant des faits aussi horribles qu'est le viol (puisque l'exemple du viol est pris dans le post plus haut) et ne rien faire pour les victimes.
Certes il ne faut pas juger moralement les violeurs mais heureusement que des lois existent pour protéger la société. Les lois n'arrangent pas tout certes mais il vaut mieux cela que de laisser faire. Tant que les gens ne sont pas haut spirituellement et/ou ne sont pas capables d'aider les violeurs, heureusement qu'il existe des lois.
Je pense que c'est à des gens spirituels à s'occuper de gens comme les violeurs par exemple. Mais cela n'exclut pas d'ignorer les victimes, ou parce qu'elles sont victimes (femmes, enfants et parfois aussi les hommes) relativiser les faits en leur demandant qu'elles doivent pardonner. Le pardon vient après avoir évacué une grande part de souffrance.
L'amour c'est se mettre aussi à la place des victimes.
Ce monde valorise davantage le "mauvais" pour l'instant. Il nous faut renverser les choses.
Plus de la moitié de faits jugés sont des faits de moeurs (viols, etc..) qui touchent à la sexualité. Il y a vraiment à réfléchir là-dessus et ne pas pleurnicher ou valoriser un violeur mais l'aider à guérir (des aides existent mais sont rarement mises en application tout le monde le sait), et même si on ne doit pas juger, on ne doit pas pour autant dévaloriser la victime ou l'ignorer (femme, homme, enfant). Les victimes doivent avoir une aide immédiate.
Le non-jugement n'est pas quelque chose d'intellectuel.

Récemment le père du petit garçon enlevé et violé a été reçu, suite au jugement du violeur, par le gouvernement qui lui demandait qu'il exprime son opinion sur l'aide qu'ils proposaient pour le violeur. Le père douloureusement exprimait devant les caméras que les victimes ont peu d'importance aux yeux des gouvernements puisque le gouvernement pas une seule fois durant l'entretien lui a demandé l'aide qu'il aimerait que son fils obtienne pour se reconstruire et comment celui-ci allait.
Ne pas juger les violeurs d'accord mais les mettre hors d'état de nuire. Et ne pas se taire et ne pas refuser d'agir lorsque l'intégrité d'un être humain est touchée.

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Re: Ne pas juger

Message  Invité le Dim 8 Nov 2009 - 9:14

Nous sommes bien d'accord !

" Nous n’avons donc pas à fermer les yeux (même sur des faits minimes),
ni non plus à « relativiser » le mal,
qui est le mal,
mais pas le moindre petit jugement au fond de la tête. "


Par contre, pour les "lois"...
Elles n'ont jamais empêché rien, ni rien fait de bien ni aux "coupables" ni aux victimes.

Comme disent les murs :

Où est l'amour ?
Où est la justice ?
Nulle part.



Le viol de femmes ou d'enfants est une des pires horreurs qu'entretient toute société de domination.
Il disparaitra avec elle.
Dans l'intervalle, nous devons notre amour aux victimes comme aux coupables : ce qui ne peut être valablement le fait que de personnes à haut rayonnement d'amour...

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Re: Ne pas juger

Message  Invité le Dim 8 Nov 2009 - 16:47

Un autre // :

noté plus haut : l’évangile est un volontarisme de la Vie.
Je pense que c’est pourquoi il dérange aujourd’hui comme hier et demain beaucoup de spirituels pour qui le Ciel « doit » tomber tout cuit.
Or la cuisson nous revient.



entrée 101:
[Pour faire une moisson efficace] :
"Soyez simplement mais franchement ce que vous devez être: la nourriture que le Père donne au monde, pour que le monde reçoive sa nourriture (Père de l'Univers, Rév d'Arès 12/4). Si vous ne servez au monde que des petits en-cas froids et banals, mal préparés de surcroît, quel intérêt espérer-vous soulever dans le monde? Jetez-vous dans la poêle en bonne nourriture appétissante, qui n'a pas peur de rissoler entre le feu des idées du monde par-dessous et la cuillère en bois de Dieu qui vous remue par-dessus!"
Il dut comprendre plus ou moins ce que je venais de dire, puisqu'il me répondit, un peu hésitant quand même : "Mais vous n'encouragez pas le mysticisme..."
Je lui dis: "Je ne l'encourage pas en effet, parce que le mystique se cuit pour lui-même. C'est une patate frite qui se ratatine parce qu'elle ne fait que cuire et, à la fin, elle s'autodévore. Quel dommage ! C'est tellement bon, les frites ! (Il ne pouvait pas comprendre en moi cette nostalgie de la frite, que peuvent comprendre ceux qui sont dans le secret de ma diététique forcée... santé et sœur Christiane obligent!). Vous, jetez-vous sur le gril ou dans la poêle de l'existentiel, odorez, donnez-vous en nourriture aux autres. Autrement dit, soyez pénitent, mais pas mystique, et vous aurez compris qu'être pénitent, c'est l'être pour les autres. La pénitence est la grande nourriture du monde. Seulement, le monde ne le sait pas encore. Faites-lui sentir la bonne odeur de votre cuisine et il aura vite faim !"



Au moins au niveau de l'exigence (ce n'est précisément pas du tout cuit) c'est un écho appétissant ! albino

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Re: Ne pas juger

Message  Invité le Lun 9 Nov 2009 - 3:12

V'la tout bof comme image !
Encore des catégories, les mystiques, les pénitents, et les autres par-dessous (l'huile à frire ?)
Tant mieux si cette recette de cuisine inspire certains.

Je préfère voir comme les musulmans 3 grands aspects, celui du notre relation à Dieu, celui de notre relation au monde, celui de notre relation à soi.
Je dirais que suivant les personnes, certaines cultivent (ou ignorent) plus un aspect que l'autre. Les bouddhistes par exemple qui se limitent aux deux derniers, et ignorent le premier, comme les athées. Les "sots de Dieu" qui s'isolent du monde ...
Schéma, car les nuances sont multiples, et les frontières entre elles très mentales.
Manie du monde de "classifier".

le feu des idées du monde
Ici il n'y a pas de recette, que ses propres capacités, et le contexte dans lequel on se trouve la poêle de l'existentiel

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Re: Ne pas juger

Message  Invité le Lun 9 Nov 2009 - 11:05

Oui Assunta,
Ne pas juger ne veut pas dire se taire devant des faits aussi horribles qu'est le viol (puisque l'exemple du viol est pris dans le post plus haut) et ne rien faire pour les victimes.

- j'essaie ici jusqu'ici de "décomposer" le trajet d'un jugement, dont l'EA nous indique qu'il sautera sur notre langue à notre insu si nous n'y prêtons pas attention.

J'ai pris l'horrible cas du viol parce que son objectivité est évidente, de même que le constat qu'il s'agit d'un mal ; et que dans les 3/4 des situations, le jugement du coupable saute à nos langues.
C'est ce"mécanisme", conditionnement subtil ou plutôt insidieux, puisqu'encore une fois l'EA nous en avertit, qui entretient le jugement.

Tout autre chose est notre attitude/réaction en situation, qui sera de protection/défense évidemment de la victime, un "interventionnisme" qui est un devoir pour un viol, une agression physique directe (- je parle en connaissance de cause), mais plus généralement dans tous conflits où un arbitrage fraternel est souhaitable sinon nécesaire.

Arbitrage qui n'est possible précisément que sans prise de parti, donc sans le moindre petit jugement au fond de la tête.

Ainsi, le niveau de non jugement atteint par chacun en soi-même conditionne lui-même l'état d'avancement de la paix entre frères -

ce n'est pas du tout cuit !

jocolor

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Re: Ne pas juger

Message  pat le Mar 10 Nov 2009 - 13:25

j'essaie ici jusqu'ici de "décomposer" le trajet d'un jugement, dont l'EA nous indique qu'il sautera sur notre langue à notre insu si nous n'y prêtons pas attention.


Je ne reviendrais pas sur l'objectivité ou la subjectivité du fait, bien qu'il y ait beaucoup à dire. Mais, je prendrais, comme toi, le trajet d'un jugement au moment où il entre en résonance avec une conscience.
A moins de renoncer à toute éducation d'une conscience morale, nous ne pouvons pas ne pas juger les actes. C'est tout l'apprentissage de notre sens moral qui serait remis en cause. On voit ce que donne des consciences dépourvues de consciences morales. Si cela devait arriver, cela finirait dans la déliquescence de notre humanisme. Le jugement des faits et des actes, nous permet aussi d'évoluer et de ne pas répéter nos erreurs ou celles des autres. Il a une fonction sociale évidente. Elle est à la source de l'envie de changer.
De toute manière, bénéfique ou pas, pour moi, le jugement est inévitable et vouloir l'éliminer relève d'un volontarisme forcené.

Mais le trajet suivi par le jugement ne s'arrête pas au jugement d'un acte ou d'un fait, et c'est après qu'on peut se retrouver piégé. Car tout naturellement après l'acte, c'est la personne qui est l'auteur de l'acte que l'on juge. Difficile passage, qui ne me paraît pourtant pas être encore le vrai moment où l'on se retrouve piégé. Car il me parait normal que nous soyons juger sur les actes que nous commettons. Il en va de notre responsabilisation et de notre réalisme.
Mais, c'est là l'ultime trajet du jugement. D'ailleurs la Révélation d'Arès demande de ne pas « fulminer » . Fulminer c'est exploser de colère, c'est se répandre en menaces, c'est lancer des condamnations. C'est ici que le jugement devient condamnable. Autant le jugement d'un acte mauvais est utile, autant le jugement d'une personne sur les actes accomplis ne me paraissent pas dépourvus de sagesse, moyennant quelques précautions humanistes, autant le jugement qui consiste à punir me parait dépasser la capacité humaine, au moins au niveau d'un individu à un autre individu. L'Homme dans sa grande détresse pour juger et se préserver a inventé des instances qui sont sensés représenter la collectivité. Nous pourrons en reparler.
Dans ce cas de figure nous sommes passés insidieusement du cadre de l'acte pris isolément que nous avons plaquer sur l'image de celui qui a fait l'acte, pour finir piégé par la conclusion suivante : l'acte est mauvais donc celui qui a fait l'acte est mauvais.

C'est à ce niveau que nous pouvons agir : sur la condamnation. C'est s'interdire de déprécier l'autre même face à un acte horrible. C'est veiller à lui garder toute possibilité de rester un humain parmi les humains. C'est prendre conscience que dans les mêmes circonstances de sa vie, nous aurions peut-être aussi commis les mêmes méfaits. Car juger un Homme, c'est promouvoir l'idée qu'il y aurait plusieurs sorte d'humanité. Or c'est non seulement une idée fausse mais aussi une idée dangereuse.
Nous devons assumer cette part de responsabilité collective, tout en ne niant pas que l'individu qui passe à l'acte mauvais a une responsabilité certaine dans le Mal commis dans le monde.

C'est un sujet difficile que nous devons aborder, car notre vie spirituelle est conditionnée aux réponses que nous donnons à ces problèmes, non seulement du jugement, mais aussi de l'amour de l'autre, du pardon, de la punition...

pat

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Re: Ne pas juger

Message  Invité le Mar 10 Nov 2009 - 16:20

Les approches se rejoignent bien,

nous sommes passés insidieusement du cadre de l'acte pris isolément que nous avons plaqué sur l'image de celui qui a fait l'acte, pour finir piégé par la conclusion suivante :
l'acte est mauvais donc celui qui a fait l'acte est mauvais.

C'est à ce niveau que nous pouvons agir : sur la condamnation.
C'est s'interdire de déprécier l'autre même face à un acte horrible.
C'est veiller à lui garder toute possibilité de rester un humain parmi les humains.

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Re: Ne pas juger

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