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Pour une autre approche du Coran

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Pour une autre approche du Coran

Message  Invité le Mer 10 Déc 2008 - 13:59

Jean-claude avait écrit:
Sujet: Re: Le libre arbitre et l'Islam Dim 23 Nov - 16:13
J’étais à cette époque, avant de choisir une prière dans le Coran totalement bloqué par ce livre, absolument incapable de savoir quelle sourate choisir. Je ne ressentais pour ce livre, dans lequel j’avais prié depuis plus de 12 ans sans ressentir aucune gêne, que sentiment d’écrasement, d’étouffement, aucune place pour la liberté de l’homme. Tout soudainement ne m’apparaissait que comme une sorte d’effroyable totalitarisme céleste ; je m’excuse de dire cela mais c’est ainsi que je ressentais les choses.
Il n'est pas le seul à connaître quelques difficultés face à ces Textes. André Chouraqui dans le Liminaire de sa traduction de Coran souligne ce « désarroi » du lecteur occidental ...
J'en reproduis ci dessous une partie et vous en recommande vivement la lecture, il n'est pas très long.
Si vous ne disposez pas de l'édition papier, ce texte "éclairant" est sur Internet
> Coran en ligne Lexilogos http://www.lexilogos.com/coran.htm > Le Coran ou l'Appel André Chouraqui http://nachouraqui.tripod.com/id16.htm

Cette autre approche peut aider à la meilleure compréhension de cet ensemble de paroles que sont les Sourates dont le style littéraire varie en fonction du contexte dans lequel elles ont été prononcées.


L’histoire du texte coranique est ainsi d’une extrême complexité: elle a suscité de multiples polémiques, aboutissant à la fondation d’écoles rivales. Pour notre traduction nous avons de préférence suivi l’édition égyptienne de 1923, considérée de nos jours comme faisant autorité.

Nous l’avons dit, Régis Blachère a souligné le « désarroi » du lecteur occidental en face du Coran. Il est confronté à un texte qui déroute en vérité, toutes ses habitudes de pensée. Il est divisé en 114 sections ­ des Sourates ­ qui n’ont entre elles aucun lien logique ou chronologique. Les titres des Sourates ne relatent qu’une infime partie de leur contenu. Rares sont celles qui traitent d’un seul sujet ­ par exemple l’histoire de Joseph (12), ou de Noé (71) ou même paraissent construites avec une certaine structure logique. Leurs péricopes ne sont rattachées les unes aux autres que par le lien apparent de l’inspiration qui les anime.


La première Sourate de 7 versets, la Fâtihat, l’Ouvrante, est une prière, centrale dans la liturgique du musulman. Elle précède les autres Sourates approximativement classées par ordre de longueurs décroissantes, la plus longue ayant 286 versets (S. 2), les plus brèves 3 versets seulement. Leurs titres ont été fixés après la mort du Prophète; certains diffèrent notamment dans les éditions égyptiennes et indo-pakistanaise du Coran. La plupart du temps le titre consiste en un mot clé qui aidera le lecteur à se retrouver plus facilement dans sa lecture. De nos jours les citations sont faites par les orientalistes à partir des numéros des Sourates et de leurs versets. Nombreux sont les musulmans lettrés qui connaissent le Coran par cœur et sont en mesure de réciter n’importe lequel de ses versets à partir de ses premiers mots.

Mais le lecteur moderne se heurte à une nouvelle difficulté. Le classement des Sourates n’a aucun rapport avec l’ordre chronologique de leur révélation. Celui-ci a été déterminé, dès les premiers siècles après la mort du Prophète, par les musulmans soucieux de reconstituer sa vie. La tradition distingue les Sourates selon qu’elles auraient été révélées à la Mecque de 610 à 622, ou à Médine de 622 à 632; la datation de plusieurs d’entre elles demeure discutée.


Cependant, dès 1884, G. Weil s’appuyant sur des traditions constantes ainsi que sur la critique interne du style et de l’histoire du texte, propose un ordre chronologique différent pour les Sourates. Th. Nöldeke en 1860 et F. Schally, en 1909, suivent un autre classement qui est remis en cause par R. Blachère en 1947, 1949-1950 et 1966.


La lecture du Qur’ân, dans l’ordre chronologique de ses Sourates est édifiante quelque soit le classement suivi. L’édition égyptienne de l’al-Qur’ân publiée en 1923 propose l’ordre chronologique que voici (les versets entre parenthèses sont censés appartenir à une époque différente):


96, 68 (17-33, 48-50, Médine) 73 (10-1, 20, Médine), 74, 1, 111, 81, 87, 92, 89, 93, 94, 103, 100, 108, 102,107, 109, 105, 113, 114, 112, 53, 80, 97, 91, 85, 106, 101, 75, 104, 77 (48, Médine), 50 (38, Médine), 90, 86, 54 (54-6, Médine), 38, 7 (163-70, Médine), 72, 36 (45, Médine), 25 (68-70, Médine), 35, 19 (58, 71, Médine), 20 (130-1, Médine), 56 (71-2, Médine), 26 (197, 224-7, Médine), 27, 28 (52-5, Médine; 85, pendant l’Hégire), 17 (26, 32-3, 57, 73-80, Médine), 10 (40, 94-6, Médine), 11 (12, 17, 114, Médine), 12 (1-3, 7, Médine) 15, 6 (20, 23, 91, 114, 141, 151-3, Médine), 37, 31 (27-9, Médine), 34 (6, Médine), 39 (52-4 Médine), 40 (56-7, Médine), 41, 42 (23-5, 27, Médine), 43 (54, Médine), 44, 45 (14, Médine), 46 (10, 15, 35, Médine), 51, 88, 18 (28, 83-101, Médine), 16 (126-8, Médine), 71, 14 (28-9, Médine), 21, 23, 32 (16-20, Médine), 52, 67, 70, 78, 79, 82, 84, 30 (17, Médine) 29 (1-11 Médine), 83 - Hégire - 2 (281, plus tard), 8 (30-6, la Mecque), 3, 33, 60, 4, 99, 57, 47 (13, pendant l’Hégire), 13, 55, 76, 65, 98, 59, 24, 22, 63, 58, 49, 66, 64, 61, 62, 48, 5, 9 (128-9, la Mecque), 110.

R. Blachère, reprenant les recherches de G. Weil, de Th. Nöldeke, de F. Schwally ainsi que des savants du Caire a publié dès 1949 un Coran où les Sourates sont classées dans l’ordre suivant:

Premier groupe de Sourates révélées à la Mecque:

96, (versets 1-5) - 74, (versets 1-7) - 106 - 93 - 94 - 103 - 91 - 107 - 86 - 95 - 99 - 101 - 100 - 92 - 82 - 87 - 80 - 81 - 84 - 79 - 88 - 52 - 56 - 69 - 77 - 78 - 75 - 55 - 97 - 53 - 102 - 96, (versets 6-19) - 70 - 73 - 76 - 83 - 74 (versets 8-55) - 111 - 108 - 104 - 90 - 105 - 89 - 85 - 112 - 109 - 1 - 113 - 114.

La deuxième et la troisième période de l’apostolat de Muhammad comprendraient les Sourates suivantes:

51 - 54 - 68 - 37 - 71 - 44 - 50 - 20 - 26 - 15 - 19 - 38 - 36 - 43 - 73 - 67 - 23 - 21 - 25 - 27 - 18 - 32 - 41 - 45 - 17 - 16 - 30 - 11 - 14 - 12 - 40 - 28 - 39 - 29 - 31 - 42 - 10 - 34 - 35 - 7 - 46 - 6 - 13.

Ces trois premiers groupes auraient été révélés à la Mecque de 610 à 622.


R. Blachère range dans un quatrième groupe révélé de 622 à 632 à Médine, les Sourates suivantes:

2 - 98 - 64 - 62 - 8 - 47 - 3 - 61 - 57 - 4 - 65 - 59 - 33 - 63 - 24 - 58 - 22 - 48 - 66 - 60 - 110 - 49 - 9 - 5.


Toute lecture chronologique conduit à revivre l’itinéraire du Prophète pendant les vingt deux années de son apostolat. Ses premiers messages sont les plus courts et les plus fulgurants. Au début il est une voix qui lance son appel dans les déserts. À mesure que le nombre de ses adhérents augmente le Prophète devient le chef d’une religion théocratique dont la puissance, même au-delà de sa mort, ne cessera de grandir. Il convenait alors non seulement d’éclairer les adeptes, mais encore d’organiser leur vie. D’où le caractère souvent normatif des textes révélés à Médine de 622 à 632.

On a pu dire que le lecteur moderne lit le Coran à l’envers, les premières Sourates appartenant pour la plupart à la période médinoise. Il est recommandé de suivre l’usage des écoles coraniques et d’entrer dans le texte en commençant par les dernières Sourates plus brèves, annoncées alors que le Nabi, âgé d’environ 40 ans (?) se nourrissait d’inspiration apocalyptique et s’exprimait avec une exceptionnelle beauté poétique.



Au début de sa prédication Muhammad fait inlassablement appel à la purification, à l’amour d’Allah, à l’abandon des idoles dont le culte est mensonger et corrupteur: il évoque avec une puissance obsessionnelle l’imminence de la fin du monde et du jugement dernier, chacun se dirigeant vers les délices du paradis ou l’horreur de la Géhenne.


Avec le temps, la prédication de Muhammad s’enrichit de véhémentes apostrophes lancées contre ses opposants. L’islam naissant se sent déjà assez fort pour affronter le polythéisme et déclarer la guerre aux idoles. Le style des Sourates devient harcelant: des phrases courtes, des ensembles dominés par des rythmes haletants et des rimes qui entraînent le récitant jusqu’au seuil d’une extase née de la parfaite harmonie de la forme et du fond de l’Appel.



Celui-ci attaque de front et avec une violence grandissante le milieu idolâtre contre lequel surgit l’annonce d’Allah, unique, exemples tirés de l’histoire, notamment de la Bible, pour décrire les conséquences de tout refus opposé à Allah. Ici bas et davantage encore dans la Géhenne les effaceurs d’Allah et de son Appel seront voués au feu, dans d’éternelles tortures. Par opposition, les Amants d’Allah, sur la route ascendante, sont introduits dans le Jardin d’Allah et accueillis par des houris toujours vierges: ils jouiront là d’une éternelle béatitude.


Les classements chronologiques dont nous venons de rendre compte succintement ne sont pas les seuls. H. Grimme (1892-1895), William Muir
(1896), H. Hirschefeld (1902) et plus récemment R. Bell (R. Bell: The Qûr’an, translated, with a critical rearrangement of the Surats (2 vol. 1937-1939)), suivant des critères différents, ont ouvert de nouvelles perspectives sur la chronologie des révélations du Coran.

[...]

Le lecteur français nourri de classicisme cherchera à classer le jaillissement de l’inspiration coranique sous des rubriques logiques. Il y découvrira un code de vie fait de règles de conduites, de lois, de définitions de devoirs au premier rang desquels se trouvent les quatre piliers de l’Islam, la prière rituelle (11.114; 17.78.79; 2.238; 73.20; 4.103); la dîme (zakat) et l’aumône (sadaqat) (2.271; 24.56; 9.60), le jeûne (2.183-187); et enfin l’obligation du pèlerinage (2.158,196).[/size]



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Re: Pour une autre approche du Coran

Message  Invité le Dim 14 Déc 2008 - 14:40

Bonjour Njama
Merci pour ces précisions, je n’ai pas le temps de participer à toutes les réflexions sur ce forum comme sur d'autres en ce moment. C’est la fin de l'année, bientôt la clôture des exercices comptables, période chargée pour un entrepreneur.
Je ne suis pas du tout un spécialiste du Coran, j'ai lu l'histoire du prophète Muhammad au travers de plusieurs biographies, qui sont souvent poétisé par leurs auteurs comme Virgil Gheorgiu, voir même dressant un portrait qui me parait surréaliste et tenir de la légende. Probablement cela tient de la psyché orientale. D'autres ne le sont pas comme celle de W Montgomery Watt , historien
plus attaché à la rigueur des faits et des leçons et hypothèses que l’on peut raisonnablement en tirer. Peut être y a-t-il aussi risque de trop rationnaliser, en voulant seulement comprendre intellectuellement, alors que si nous voulons discerner dans l’éclat de l’Esprit les Merveilles de la création comme le suggère la Révélation d'Arès, il faut devenir enfant du Royaume et donc
vider sa tête des sciences vaniteuses.
Je ne suis pas certain que nous puissions tant que ça nous inspirer d'un contexte socio culturel qui a plus de 1400 ans ou alors au travers du regard que donne la Révélation d’Arès sur tout le courant
prophétique et si tant est que nous puissions en dégager aujourd’hui quelque chose qui soit enseignable et donc utile sans créer des interprétations qui ne feraient qu’ajouter de l’obscurité. Donc rester prudemment dans l’axe principal de la nécessité de retour au Bien.
Il y a longtemps que pour les occidentaux la foi n’est plus ressentie comme une nécessité majeure surtout en Europe. Parce qu’il me semble pas non plus possible de parler ou commenter un texte et une histoire aussi importante pour plusieurs milliards d’hommes, sans connaitre au sens existentielle
l’âme musulmane. La perception de celle-ci ne dépend pas selon moi de la chronologie des sourates et leur classement dans le Coran mais de la langue dans laquelle elles ont été livrées, ainsi qu’à une mentalité et une époque. mais aussi d’une intensité d’une piété dont nous nous sommes
éloignés depuis longtemps. De toute façon s’il subsiste une forme d’archéologie spirituelle à découvrir ou à mettre en chantier c’est celle du désensablement du jardin d’Adam, de l’extraction de la vieille image et ressemblance adamique, clone du Père céleste que le pénitent ressuscite par l’exercice de l’amour du prochain, du pardon et du réveil de son intelligence spirituelle devenue faible lumignon. Laquelle demandera plus de quatre générations pour réapparaitre comme lumière éclatante.

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