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La loi du Talion

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La loi du Talion

Message  Invité le Ven 28 Sep 2007 - 22:32

Connaissance du Judaïsme : la loi du talion
article publie sur: un-echo-israel.net

Un des malentendus chrétiens les plus tenaces au sujet du judaïsme est celui qui porte sur le sens de la loi du talion : « Œil pour œil, dent pour dent ». Peut-être parce que l’interprétation courante permet au chrétien d’entretenir un sentiment de supériorité par rapport au juif, qui pratiquerait la vengeance alors que le chrétien aurait le monopole du pardon. Il n’y a pas si longtemps, des journalistes parlaient systématiquement de « loi du talion » après chaque opération militaire israélienne consécutive à un attentat. Aujourd’hui encore, il est courant d’entendre parler de « représailles » en pareil contexte.

Revenons au verset biblique, qu’il est indispensable de situer dans son contexte pour le comprendre :

Lorsque deux hommes se battent, et qu’ils heurtent une femme enceinte, s’ils la font accoucher, sans autre accident, le coupable sera passible d’une amende que lui imposera le mari de la femme, et qu’il paiera selon la décision des juges. Mais s’il y a un accident, tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. Si un homme donne un coup dans l’oeil de son serviteur ou de sa servante, et qu’il lui fasse perdre l’œil, il le mettra en liberté en compensation de son œil. Et s’il fait tomber une dent a son serviteur ou à sa servante, il le mettra en liberté en compensation de sa dent. Si un bœuf frappe de sa corne un homme ou une femme, et que la mort s’en suive, le bœuf sera lapidé, on n’en mangera pas la chair, mais le maître du bœuf sera quitte. Mais si le boeuf frappait de la corne depuis longtemps, et que son maître, en ayant été averti, ne l’ait pas surveiIlé, le bœuf sera lapidé, s’il tue un homme ou une femme, et son maître aussi sera mis à mort. Si on impose au maître un prix pour le rachat de sa vie, il paiera tout ce qui lui aura été imposé (Exode 21,22-30).

Tout le passage concerne donc des questions de délits et de peines, pour indiquer comment chaque délit doit être sanctionné. Selon les commentateurs modernes, cette législation biblique est en elle-même beaucoup moins sévère que les usages en vigueur à la même époque chez d’autres peuples.

Aussi haut que l’on remonte dans l’histoire de l’interprétation des mots « œil pour œil, dent pour dent » dans la tradition juive, on constate que cette formule n’a jamais été prise au sens littéral. Le plus ancien des commentaires rabbiniques sur ce texte, dans le midrash tannaïte sur l’Exode, explique et démontre que l’on doit comprendre : pour un œil, une amende proportionnée au préjudice causé par la perte d’un œil ; pour une dent, une amende proportionnée au préjudice causé par la perte d’une dent. Le commentaire le dit explicitement : « Œil pour œil : cela signifie une compensation en argent pour un œil. » La suite argumente à partir de la fin du passage cité ci-dessus : si un délit qui serait passible de la peine de mort peut être sanctionné par une amende, à plus forte raison s’il ne s’agit que d’une blessure. D’autres commentaires font remarquer que l’application littérale de ce verset pourrait se révéler impossible, ou conduire à des absurdités, voire à de graves injustices : que faire si celui qui a crevé l’œil d’autrui est lui-même aveugle ou borgne ? Dans le premier cas, l’application du verset biblique serait impossible ; dans le second, elle commanderait d’infliger au coupable un préjudice largement disproportionné par rapport à la faute !

Du reste, tout le passage biblique le montre sans ambiguïté : loin d’inciter à la vengeance, l’Écriture veut au contraire encadrer strictement dans des règles de droit la sanction des délits, « selon la décision des juges », précisément pour prévenir les excès des vengeances spontanées.
Michel Remaud
http://www.un-echo-israel.net/article.php3?id_article=1780

Quelques réponses de lecteurs font suite à cet article. je vous invite à les lire si vous avez le temps.
J'ai apprécié l'intervention de Nicolas Baguelin qui enrichit le sujet à partir du point de vue évangélique:


"Je me permets de rebondir sur cet article qui me semble également un bon rappel aux chrétiens. Le débat s’amplifie, mais il est relativement clair déjà dans le texte de l’exode qu’il s’agit d’un compensation, puisqu’il s’agit de donner une vie à la place d’une vie, une dent à la place d’une dent, etc. Les choses sont encore plus claires dans le Talmud où il est question de payer : il s’agit d’une loi sur la responsabilité individuelle dans laquelle on oblige l’individu ayant causé un tord à autrui de réparer : c’est justice. Une justice qui prend la défense de la victime, du faible.

Maintenant, comment s’en sort-on avec l’évangile ? Parce qu’à une lecture rapide, l’évangile semble accréditer plutôt le préjugé chrétien qui perdure jusqu’à nos jours. On lit en effet dans l’évangile selon saint Matthieu au chapitre 5 : 38. « Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. 39. Eh bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant : au contraire, quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre ; 40. veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau ; 41. te requiert-il pour une course d’un mille, fais-en deux avec lui.

A première lecture et c’est souvent le commentaire que l’on entend dans les homélies, on comprend les choses ainsi : la loi du Talion dit "vengez-vous", mais l’évangile dit "ne vous vengez pas, au contraire, pardonnez, faites du bien".
Alors maintenant comment concilier cette interprétation traditionnelle avec ce qu’est réellement la loi du talion, expliquée par Michel Remaud ? Jésus aurait-il déformé le sens de la loi du talion pour la dénigrer ? Il semble impossible qu’à l’époque de Jésus, où déjà l’interprétation pharisienne existe, on ait pu distordre son sens.

Je me suis approché un peu plus du texte, et j’ai lu : "je vous dis de ne pas tenir tête au méchant" (BJ) ou encore "je vous dit de ne pas résister au méchant" (TOB), résister et tenir tête semblant être davantage accrédité par l’original grec. Quel malheur de découvrir dans la traduction liturgique "je vous dis de ne pas riposter au méchant" ! Or c’est justement là quel le bas blesse. En traduisant "riposter" (actif) au lieu de "résister" (passif), on se place dans la logique "loi du talion = vengeance", "loi du Christ = pardon", car riposter sous-entend vengeance.

Mais si le Christ a vraiment dit de ne pas résister au méchant, c’est tout à fait différente et compatible avec la loi du talion telle qu’elle est exprimée dans l’Exode et les rabbins. En effet, il faut se rappeler que Jésus n’est pas venu abolir la Torah, mais il demande justement que notre justice surpasse celle des scribes et des pharisiens. Autrement dit, si le méchant cause du tord à quelqu’un, il tombe sous l’obligation de la Torah de réparer sa faute et d’indemniser. Jésus propose donc en signe de pardon et d’amour envers le méchant de ne pas lui tenir tête, c’est à dire de ne pas lui intenter le procès qui le ferait payer - peut-être parfois toute sa vie - pour la compensation du dommage causé. Jésus n’abolit pas la justice qui est là, mais propose d’aller plus loin : un comportement qui va permettre au méchant de revenir de sa méchanceté, de lui laisser une chance, ou en tout cas de se poser des questions."

« A qui te demande, donne; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos. » (Matthieu 5,38-42)

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Re: La loi du Talion

Message  pat le Lun 1 Oct 2007 - 8:43

Du reste, tout le passage biblique le montre sans ambiguïté : loin d’inciter à la vengeance, l’Écriture veut au contraire encadrer strictement dans des règles de droit la sanction des délits, « selon la décision des juges », précisément pour prévenir les excès des vengeances spontanées

Cette réflexion est vraie en ce qui concerne la communauté juive proprement dite et c'est vrai que tout le décalogue est conçu pour organiser et donner une unité à un petit peuple qui a bien du mal à survivre dans ce contexte méditerranéen de l'époque.

En effet c'est probable que la loi du talion ne soit pas une loi de vengeance pure et simple, mais une façon administrative, officielle de juger des offenses et des préjudices. Par rapport à la vengeance personnelle, elle présente davantage de garanties

Mais nous sommes sans doute encore très loin du concept d'amour universel.

Car, les juifs de l'époque de l'exode n'ont d'autre préoccupation que d'avoir eux aussi un dieu protecteur, à l'image des autres dieux de la région. Ils se construisent un dieu jaloux, guerrier, tout puissant bien sûr, violent, vengeur qui les protège de tous les autres peuples qui les entourent. Leur but n'est pas de transmettre des concepts à valeurs universelles, ce qui les anéantirait, mais au contraire, d'instituer entre eux une loi qui assure leur cohésion et leur unité nationale.
Donc, en finir avec l'arbitraire de la vengeance personnelle pour instituer une loi régissant l'ensemble du groupe qui punit et une loi de cohésion qui préconise l'amour du proche.
Aimer son prochain, c'est aimer le membre du clan. Le décalogue n'est pas le code de l'amour universel entre les hommes. Une idée qui revient souvent dans les psaumes, c'est que dieu frappe les ennemis d'Israël. Le dieu de la Bible est un Dieu qui agit en faveur de son peuple contre les autres peuples.
Ce n'est pas le Dieu de tous les hommes.

Il y a donc d'un coté le frère, le prochain qu'il faut aimer et avec qui il faut vivre en bonne intelligence sous peine de disparaître
Et de l'autre coté, tous les autres hommes qui sont des ennemis potentiels, des étrangers.

Ceci ne préjuge pas de l'élévation spirituelle de la communauté juive contemporaine . Leur évolution spirituelle les amène aujourd'hui à sortir de leur particularitsme pour interprêter la Parole d'une façon plus universaliste.

Ce concept de l'amour universel devait déjà être présent dans certains milieux juifs de l'époque de Jésus et celui-ci s'est peut-être contenté d'en faire le fer de lance de sa brève vie publique.
On peut penser que depuis le décalogue et depuis la loi du Talion, le peuple juif, déjà, a l'époque de Jésus soit arrivé a une conception de l'étranger tout autre que celle de l'époque du décalogue.
Dans ce cas Jésus serait celui qui a révélé avec le plus d'acuité cet aspect de l'amour de Dieu. Un Dieu qui aime tous les hommes; un Dieu qui ne se contente pas d'être nationaliste. Et Jésus par sa proximité avec le divin, nous propose une vision du prochain et de l'amour définitivement universaliste.

En invitant à aimer même ses ennemis,ceux qu'on ne peut aimer, Jésus nous propose une autre vision de l'amour

Que Jésus soit ou pas l'unique révélateur de cette image, qu'il n'ait fait que proposer une image qui circulait déjà parmi des hommes de haute spiritualité de son temps n'a que peu d'importance.
Ce qui est important c'est que l'humanité puisse avoir accès à cette notion civilisatrice. C'est encore moins important de savoir lequel de l'Eglise catholique ou de la tradition juive a été le premier a véhiculer cette notion.
Jésus n'appartient à personne. Si les Juifs pensent que sa spiritualité peut enrichir leur tradition qu'ils cessent ,ainsi que les chrétiens d'ailleurs, de penser que hors de leur communauté, il n'y a point de salut.

C'est ça que Jésus est sensé avoir apporté au monde.

Si Jésus a été accaparé par le christianisme qui en a fait son dieu, il n'en est pas moins un prophète biblique reconnu ou pas par les juifs. En tous cas, il s'inscrit dans la tradition biblique et fait partie de ces prophètes, de ces docteurs qui font évoluer l'image même de Dieu.

Mais comme le fait remarquer un des lecteurs
Jésus n’est pas venu abolir la Torah, mais il demande justement que notre justice surpasse celle des scribes et des pharisiens.

En effet, Jésus n'est pas venu abolir la loi. Il le dit même ouvertement à propos de la pièce de monnaie à l'effigie de César. Que les hommes s'inventent des lois pour régir leur vie pratique n'est pas son problème. Que la torah institue un règlement de réparation des torts, il n'est pas venu abolir cela.
Mais il dit" Moi je vous dis, aimez vos ennemis"
On passe donc dans un autre univers qui n'est plus seulement de l'ordre de la réparation prévue par la loi, ou même de l'amour envers son prochain mais il demande d'avoir une autre vision du prochain. Le prochain, c'est aussi l'ennemi.
Non seulement la notion devient résolument universaliste, mais en plus elle s'applique à tout homme du fait qu'il soit homme.

Avec Jésus on passe de la loi sociale qui régit la communauté, à l'obligation morale personnelle qui régit chaque individu et le rend responsable de ses actes.
Aimer son ennemi ne peut pas découler d'une loi, d'une obligation juridique, cela ne peut être qu'une décision à l'échelle de la conscience individuelle.
Jésus nous propulse dans un univers de spiritualisation de la conscience individuelle.
Vraiment une nouvelle étape est franchie.
La loi est reléguée au niveau du savoir vivre ensemble et le libre arbitre, la décision personnelle est appelé à la remplacer.

pat

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