Spiritualités

Regards furtifs

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Regards furtifs

Message  Invité le Sam 14 Fév 2009 - 18:44

Dans la fulgurance d'un échange de regard, peut-être y a t-il la quête d'un absolu qui nous échappe ? Une rencontre sans lendemain et qui malgré tout reste parfois gravée des années durant. Des visages à jamais fixés dans la mémoire, et qui resurgissent comme une nostalgie,comme un regret, comme un raté d'amitié possible.

A chaque regard croisé, on ne sait trop dire si quelque chose de l'autre se réfléchit en nous ou si quelque chose de nous se réfléchit en lui, comme par un effet de miroir dont la profondeur serait insondable.

A la lecture de cette belle Chronique Petite réflexion sur le visage de l'autre me sont revenus de suite non pas cent ou mille visages, mais ces vers d'un poème d'Antoine Pol qui avait été mis en chanson par Georges Brassens.

Petite note sur Antoine Pol:
Né à Douai le 23 août 1888 - mort à Seine Port le 21 juin 1971. Capitaine d'artillerie, il combat pendant la guerre de 14-18, il entre au service des Mines de La Houve à Strasbourg en 1919. En 1945, il devient président du Syndicat Central des importateurs de charbon de France.
Retraité en 1959, il peut enfin s'adonner à ses passions : la poésie, la bibliophilie et les papillons.
Œuvres principales : Émotions poétiques (1918) - Le livre de maman (1924) - Destins (1941) - Plaisirs d'amour (1947) - Croquis (1970) - Cocktails (1971).
Ses œuvres n'ont eu droit qu'à des publications très confidentielles (quelques centaines d'exemplaires pour la famille et les amis).

Un rendez-vous manqué :
Ce très beau poème déniché aux puces de Vannes ne nous serait peut-être jamais parvenu s'il n'était par hasard tombé entre les mains de Georges Brassens, qui eut le coup de foudre pour ce texte. Brassens avait bien sûr contacté l'auteur afin d'obtenir l'autorisation de mettre son poème en musique. Celui-ci accepta et ils avaient convenu de se rencontrer un mois plus tard... malheureusement, Antoine Pol, alors âgé de 83 ans, est décédé une semaine avant la rencontre ! Brassens a toujours regretté de ne pas l'avoir connu ! Quelques vers de 1913 fixant les éclats ténus de ces Amours furtifs ...
Le destin des mots est parfois bien imprévu et insolite !
Les Passantes

Je veux dédier ce poème,
A toutes les femmes qu'on aime,
Pendant quelques instants secrets,
A celles qu'on connaît à peine,
Qu'un destin différent entraîne,
Et qu'on ne retrouve jamais.

A celles qu'on voit apparaître,
Une seconde à sa fenêtre,
Et qui, presque, s'évanouit,
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui.

A la compagne de voyage,
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin;
Qu'on est seul peut-être à comprendre,
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main.

A celles qui sont déjà prises,
Et qui, vivant des heures grises,
Près d'un être trop différent,
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant.

Chères images aperçues,
Espérances d'un jour déçues,
Vous serez dans l'oubli demain;
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu'on se souvienne,
Des épisodes du chemin.

Mais si l'on à manqué sa vie,
On songe; avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus,
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre,
Aux cœurs qui doivent vous attendre,
Aux yeux qu'on n'a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir.


http://www.youtube.com/watch?v=l4Q7urIVYAE

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Regards furtifs

Message  Invité le Lun 16 Fév 2009 - 0:21

L'autre, ... Celui dont nous avons une nostalgie de fusion à jamais inassouvie. Celui dont nous avons souvenir inconscient et qui se manifeste là, comme une fascination d'unité et d'amour dans cet autre qui passe.
"Ô paradis cent fois retrouvé reperdu"


Les Yeux d'Elsa


Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende*
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde* mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa



Louis Aragon, "les yeux d'Elsa" extraits

* pechblende : Minerai d'uranium et de radium composé surtout d'uranite et d'autres oxydes
* Golconde: ancienne ville forte de l'Inde aujourd'hui en ruines, célèbre pour ses fabuleuses richesses "les trésors de Golconde"





Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Les yeux d'Alexandro

Message  Invité le Mar 24 Fév 2009 - 0:39

Qu'est ce que le visage de l'autre peut-il avoir à nous dire?
Quel message rapide peut être perçu dans cet échange de regard?
Il y a un peu plus de deux ans en glissant sur un rocher je m'étais cassé 2 orteils et ne pouvait plus marcher, ce handicap me clouait sur la plage. C'est ainsi que je fis la connaissance d'un petit garçon d'environ 3 ans et 1/2 qui s'appelait Alexandro et qui s'était également fait mal à un orteil. C'est incroyable ce qu'une infirmité identique peut créer comme liens immédiats, comme si une "identité mutuelle" s'était installée et une fraternité d'éclopés était acquise de fait. Nous avons bien sûr d'abord échangé l'objet de nos malheurs respectifs avant que bien d'autres conversations ne viennent enrichir notre rencontre au fil des jours.
Son papa était italien et sa maman française, chacun parlant sa langue maternelle quand il s'adressait à Alexandro qui leur répondait du tac au tac passant sans transition ni la moindre hésitation d'une langue à l'autre.
Un peu étonné je lui dis:
-"Mais, tu parles français et italien !"

Très visiblement je constatais que dans ses grands yeux noirs interrogatifs, il ne comprenait pas du tout ce que je voulais dire, mais vraiment pas du tout. J'en fus surpris et trouvais cela très beau en même temps. Non, il ne séparait rien dans son esprit, aucune dualité ne s'était installée et je pensais à ces couples dits "mixtes" ... qui en fin de compte ne le sont que pour les adultes.

Il y a là sûrement je pense une grande partie du charme indicible que l'enfant exerce sur l'adulte, il ne connaît pas de frontières et n'a aucun préjugé. Il n'y a pas d'âge pour communiquer spirituellement, la vie spirituelle commence très tôt ... nous n'en avons, adulte, que des impressions diffuses.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Elle est d'ailleurs

Message  Invité le Mar 24 Fév 2009 - 23:52

Petite réflexion sur le visage de l'autre ...
Les autres n'existent que par rapport à ses références personnelles.

L'intimité que chacun entretient avec son humanité c'est d'abord avec lui-même qu'il l'entretient.

Cependant nous passons notre existence à essayer d'en rompre la solitude, à essayer de capter chez l'autre ce qui nous ressemble et ce qui nous échappe, en même temps. Notre curiosité est entière. Ainsi nous cherchons à rendre l'autre transparent à notre regard. A l'attirer vers nous pour l'aimer et en être aimé.

En réalité, nous sommes, sans en avoir toujours conscience, à la recherche de notre semblable, de celui que nous pourrions aimer sans une ombre

Elle a de ces lumières au fond des yeux
...
Et si lointaine dans son cœur
Pour moi c'est sûr, elle est d'ailleurs

Et moi je suis tombé en esclavage
De ce sourire, de ce visage
Et je lui dis emmène moi
Et moi je suis prêt à tous les sillages
Vers d'autres lieux, d'autres rivages
Mais elle passe et ne répond pas
Les mots pour elle sont sans valeur
Pour moi c'est sûr, elle est d'ailleurs
...
L'amour pour elle est sans valeur
Pour moi c'est sûr, elle est d'ailleurs

Et moi je suis tombé en esclavage
De ce sourire, de ce visage
Et je lui dis emmène moi
Et moi je suis prêt à tous les sillages
Vers d'autres lieux, d'autres rivages
Mais elle passe et ne répond pas


Pierre Bachelet Elle est d'ailleurs

http://www.dailymotion.com/video/x2bbod_elle-est-dailleurspierre-bachelet_music

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Regards furtifs

Message  pat le Mer 25 Fév 2009 - 10:22

Merci njama d'illustrer mon propos si poétiquement. Il y aura une suite à " ce visage de l'autre" un peu plus personnelle.

Pour l'instant, nous pourrions réfléchir à un problème que tu soulèves, sur ton autre intervention :
Pourquoi le visage de l'autre et non pas le notre, vu dans un miroir?
Autrement dit, pourquoi mon propre visage qui devient le visage de l'autre pour ceux que nous croisons, ne me suffit pas pour me combler puisqu'on peut y repérer directement l'Image de Dieu ?
Pourquoi a t-on, ou estime t-on, avoir besoin de l'autre pour se révéler à soi-même et au monde ?
D'abord a t-on vraiment besoin de l'autre ?

pat

Messages : 1866
Date d'inscription : 31/07/2007

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Regards furtifs

Message  Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 10:49


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum