Spiritualités

HARMONIE POSSIBLE ENTRE L'HOMME ET TOUTE LA CREATION

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HARMONIE POSSIBLE ENTRE L'HOMME ET TOUTE LA CREATION

Message  Invité le Mer 23 Sep 2009 - 0:48



Livre : Des bêtes et des hommes
@ Allen Boone
(17 Février 1882 – 17 Juin 1965)


Le loup habitera avec l'agneau,
le léopard se couchera près du chevreau.
Le veau et le lionceau seront nourris ensemble,
un petit garçon les conduira.
La vache et l'ourse auront même pâture, leurs petits, même gîte.
Le lion comme le boeuf mangera du fourrage.
Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra.
Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main.
Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute la Montagne Sainte,
car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur,
comme la mer que comblent les eaux.
La Bible (Esaïe 11/6 voir aussi 65/25)



CODE DE FOURMIS
@ Allen Boone


Pour la première fois depuis bien des années que je l’habite, ma petite maison de la Californie du Sud était envahie par les membres de la famille des Formicordes, communément appelées fourmis. J’en fis la découverte à la fin d’une chaude journée, étant sorti sur mon porche de service pour prendre de quoi préparer mon dîner. J’avais laissé ouverte la porte de ma vieille glacière. Il n’y avait pas de glace car j’avais omis de faire signe au glacier, et je trouvai sur toute la nourriture que contenait la glacière, plus de fourmis que j’en avais vu dans une maison. Il y en avait aussi sur tous les murs, le sol et les plafonds du porche et de la cuisine. Et sous la porte de service, des renforts se dirigeaient vers de nouvelles conquêtes comestibles.

Mon dîner était perdu. Ma bonne humeur aussi et, de même, toutes mes résolutions au sujet du traitement plein de respect, de bonté, de considération, de toutes les formes de vie. Ma colère envers les fourmis était des plus primitives.
Me précipitant chez mon voisin le plus proche, je lui empruntai un bidon de poison contre les fourmis. Armé de ce bidon d’une main et d’un balai de l’autre, je me précipitai au massacre. J’allais montrer à ces petits bandits ce qu’il en coûtait de mettre ma maison au pillage.

J’étais sur le point de les trucider par le poison et le balai lorsque ma conscience Nouvelle Angleterre se mit à siffler. Elle voulait savoir, cette conscience, pourquoi, avec tout ce qu’il m’avait été donné de connaître au sujet des rapports équilibrés entre les êtres, j’en étais encore à vouloir occire ces insectes. Je commençai par raisonner par moi-même, ce qui est toujours une bonne chose à faire lorsque l’on est dans un état incandescent. Enfin je décidai de ne pas procéder au massacre mais de parlementer avec mes visiteurs indésirables, comme Coeurvaillant et d’autres animaux me l’avaient appris. Mais comment conférer d’une façon pratique avec une telle armée de fourmis ?

M’étant assis à terre pour mieux observer la situation, j’essayais de découvrir la fourmi en chef ou le comité chargé des opérations, de façon à avoir une cible bien déterminée vers laquelle j’orienterais mon discours. Mais, bien que je les observasse à travers une forte loupe grossissante, nulle fourmi, aucun groupe ne paraissait avoir sur les autres nulle prépondérance. Chaque fourmi semblait accomplir sa tâche dans l’effort général sans avoir besoin de direction ou de surveillance.

Etablir un pont invisible pour permettre le trafic mental à double sens entre soi-même et un seul animal est relativement facile lorsque l’on est préparé à cette expérience et que l’on sait s’y prendre convenablement. Mais établir pareille intercommunication avec des centaines de fourmis répandues à travers la maison était tout autre chose. Je me dis que le seul moyen d’y parvenir était de me transformer en poste de diffusion afin de parler à toutes les fourmis à la fois. C’est ce que je fis.

«Ecoutez les fourmis» leur dis-je, «il me semble que nous sommes dans un monde à l’envers et je ne suis pas bien sûr, en ce moment, d’être chez moi. Mais ce que je sais parfaitement bien, c’est que vous avez ruiné mon dîner. J’ai fait un effort considérable et une dépense considérable aussi, et cela tout seul, pour me procurer ce repas du soir. Et puis, sans demander la moindre permission, vous vous introduisez ici et vous vous emparez de mon repas. Ce n’est ni bien, ni juste, d’aucun point de vue, particulièrement par ces temps difficiles où nous devrions tous chercher à nous aider les uns des autres».

Je m’arrêtai pour observer les résultats de ma harangue. La diffusion de ce discours ne semblait avoir eu sur mes hôtes inattendus aucun effet. De nouvelles fourmis entraient sous la porte de service, d’autres faisaient leur apparition sur les murs et les plafonds, d’autres encore recouvraient la nourriture. C’était décourageant, pourtant je continuai :
«Vous n’en savez peut-être rien, mais je suis en état de vous supprimer en quelques minutes au moyen de ce poison et de ce balai. Pourtant cela ne semble pas être la bonne réponse. Nous autres humains, nous nous entre-tuons dans de semblables circonstances depuis des siècles, et nous sommes plus malheureux en conséquence, qu’au départ».
Puis me souvenant que tout être vivant aime à être apprécié, je me mis à leur adresser toutes sortes de compliments. Je leur dis combien j’admirais leur intelligence… leur enthousiasme envers la vie… leur dévouement complet à ce qu’elles entreprenaient… leur action harmonieuse en vue d’un but commun… leur habileté à travailler en commun sans malentendus et sans le besoin d’être sans cesse commandées.

Je m’arrêtai à nouveau pour regarder à travers ma loupe. La situation semblait pire que jamais. Je décidai de clore l’émission.
«C’est tout ce que j’avais à vous dire», leur dis-je, «j’ai fait de mon mieux dans cette situation. Tout dépend de vous à présent. Je vous parle comme un gentilhomme à des gentilhommes».

J’entrai dans ma salle de séjour et je m’assis. J’étais découragé. Et puis je me demandai si je n’étais pas un peu fou. Je me souvins qu’un vieil ami, psychiatre renommé, m’avait dit quelques semaines auparavant que la démarcation entre la santé mentale et la démence est souvent difficile à déceler et que beaucoup d’entre nous la traversent journellement dans ce qu’ils pensent, disent, font. Avais-je traversé cette démarcation en tenant mon discours aux fourmis ? Est-il raisonnable de tenter d’établir avec elles un «gentleman’s agreement» ? Je finis par aller porter mon désarroi dans un théâtre où se jouait une comédie et j’essayais d’oublier toute cette affaire.
Rentrant chez moi peu après minuit, j’allai voir sur le porche de l’entrée de service ce qui s’y passai. Il n’y avait pas une fourmi, pas une ! La porte de la glacière était restée ouverte, elle contenait toujours la nourriture appétissante et il y en avait sur la table toute proche, mais de fourmis, point ! Je promenai ma lampe électrique de poche sur chaque centimètre du sol, des murs et des plafonds, aucune fourmi n’y était. Ces petits êtres avaient tenu leur rôle dans le gentleman’s agreement.

Cela eut lieu il y a plusieurs années. Depuis je n’ai jamais été ennuyé d’aucune façon par les fourmis, ni chez moi, ni hors de chez moi. De temps à autre, une fourmi passe en éclaireur à travers une des pièces, venant du dehors et en sortant, elle s’arrête juste assez longtemps pour que nous échangions un silencieux salut amical. Il y a d’innombrables centaines de fourmis dans les jardins autour de ma maison et de nombreuses entrées chez moi. Habituellement, il y a dans la cuisine et sous le porche de la porte de service de la nourriture que les fourmis aiment. Mais bien qu’elles envahissent les maisons de tous les voisins et qu’elles les ennuient excessivement, elles n’entrent point en nombre chez moi. Notre gentleman’s agreement tient toujours, non seulement avec les fourmis qui envahissent ma maison, mais avec toutes les autres. Et j’ai l’impression d’être titulaire d’une carte invisible de membre honoraire du Syndicat des Fourmis.

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