Spiritualités

Vie et poésie

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Vie et poésie

Message  Invité le Sam 28 Nov 2009 - 11:36

Prononciation



L’abîme qui sépare le bleu du gris, tu rêves de le franchir, mais ce n’est que poésie.
Il faut le voir pour le croire : l’oiseau a volé sans raison, la pluie m’a évité, je ne sais plus mes âges.
En moi, venu de nulle part, voici le chant qui chante.
Et le chant est louange, invariablement.
Et le chant est appel, prononciation de l’invisible.
Mais la pluie est froide, le vent mauvais, gris le ciel, sans un oiseau.
Que diras-tu tant que le printemps n’aura pas fleuri, que diras-tu des floraisons ?
Garde ton cœur comme la graine.
La poésie est le chant de la pluie qui arrose ton cœur, pluie bleue d’où ruisselle la joie, et tu en saisis quelques gouttes dans le creux de tes mains, et tu leur tends !
La poésie est soif de joie, c’est ce qu’ils boivent - et dans leur âme, se fait comme un appel, dans la prononciation de l’invisible.
Le poète a toujours tort, ses mots sont sans valeur, mais la beauté lui vient quand même, et s’évade. Ainsi la poésie rend perceptible l’air divin. Déjà les mots sont loin, l’esprit ailleurs, l’amour voudrait servir.
L’élan du cœur n’est rien, mais il décrit la courbe, par où tu te rejoins.
Patience poète ! Et que la poésie soit un jeu de patience, car tu prononces l’invisible.
La poésie est l’âme qui s’aperçoit. Ainsi chaque mot, dans son mystère, se tiendra impeccable. Et le marcheur marchera sur le fil de la nuit comme en pleine lumière.
Ainsi aussi tu franchiras l’abîme.




Dernière édition par frèrelibre le Dim 29 Nov 2009 - 11:51, édité 1 fois

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Re: Vie et poésie

Message  Invité le Dim 29 Nov 2009 - 2:51

Xavier Graal, journaliste, poète et écrivain breton.

"Nous sommes quelques-uns ici, hommes de chants et d'écritures, qui tentons de décrypter les signes d'un nouveau matin. Nous allons par les terres dévastées, portant mille nostalgies, quêtant les sortilèges, appelant pour les peuples singuliers, toutes sortes de franchises."
Les Vents m'ont dit


Seigneur me voici c’est moi
je viens de petite Bretagne
mon havresac est lourd de rimes
de chagrins et de larmes
j’ai marché
Jusqu’à votre grand pays
ce fut ma foi un long voyage
trouvère
j’ai marché par les villes
et les bourgades
François Villon
dormait dans une auberge
à Montfaucon
dans les Ardennes des corbeaux
et des hêtres
Rimbaud interpellait les écluses
les canaux et les fleuves
Verlaine pleurait comme une veuve
dans un bistrot de Lorraine
Seigneur me voici c’est moi
de Bretagne suis
ma maison est à Botzulan
mes enfants mon épouse y résident
mon chien mes deux cyprès
y ont demeurance
m’accorderez vous leur recouvrance ?
Seigneur mettez vos doigts
dans mes poumons pourris
j’ai froid je suis exténué
O mon corps blanc tout ex-voté
j’ai marché
les grands chemins chantaient
dans les chapelles
les saints dansaient dans les prairies
parmi les chênes erraient les calvaires
O les pardons populaires
O ma patrie
j’ai marché
j’ai marché sur les terres bleues
et pèlerines
j’ai croisé les albatros
et les grives
mais je ne saurais dire
jusqu’aux cieux
l’exaltation des oiseaux
tant mes mots dérivent
et tant je suis malheureux

Seigneur me voici c’est moi
je viens à vous malade et nu
j’ai fermé tout livre
et tout poème
afin que ne surgisse
de mon esprit
que cela seulement
qui est ma pensée
Humble et sans apprêt
ainsi que la source primitive
avant l’abondance des pluies
et le luxe des fleurs

Seigneur me voici devant votre face
chanteur des manoirs et des haies
que vous apporterai-je
dans mes mains lasses
sinon les traces et les allées
l’âtre féal et le bruit des marées
les temps ont passé
comme l’onde sous le saule
et je ne sais plus l’âge
ni l’usage du corps
je ne sais plus que le dit
et la complainte
telle la poésie
mon âme serait-elle patiente
au bout des galantes années ?

Seigneur me voici c’est moi
de votre terre j’ai tout aimé
les mers et les saisons
et les hommes étranges
meilleurs que leurs idées
et comme la haine est difficile
les amants marchent dans la ville
souvenez-vous de la beauté humaine
dans les siècles et les cités
mais comme la peine est prochaine !

Seigneur me voici c’est moi
j’arrive de lointaine Bretagne
O ma barque belle
parmi les bleuets et les dauphins
les brumes y sont plus roses
que les toits de l’Espagne
je viens d’un pays de marins
les rêves sur les vagues
sont de jeunes rameurs
qui vont aux îles bienheureuses
de la grande mer du Nord

Je viens d’un pays musicien
liesses colères et remords
amènent les vents hurleurs
sur le clavier des ports

je viens d’un pays chrétien
ma Galilée des lacs et des ajoncs
enchante les tourterelles
dans les vallons d’avril
me voici Seigneur devant votre face
sainte et adorable
mendiant un coin de paradis
parmi les poètes de votre extrace
si maigre si nu
je prendrai si peu de place
que cette grâce
je vous supplie de l’accorder
au pauvre hère que je suis
ayez pitié Seigneur
des bardes et des bohémiennes
qui ont perdu leur vie
sur le chemin des auberges
nulle orgue grégorienne
n’a salué leur trépas
pour ceux qui meurent
dans les fossés
une feuille d’herbe dans la bouche
le cœur troué d’une vielle peine
de lourdes larmes dans le paletot
et dans les veines des lais et des rimes
Seigneur ayez pitié !

(…)
Solo et autres poèmes

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fils de rien, fils de roi ...

Message  Invité le Mer 9 Déc 2009 - 1:38

"Seigneur me voici c’est moi" est une allusion aux mots d'Abraham ...
"
Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici!" Gn 22/1

Xavier Grall a été longtemps chroniqueur au Journal catholique La Vie. Chaque semaine pendant des années il a envoyé son billet.



Des receuils de ses chroniques, sous les titres "Les Vents m'ont dit" (1982) et "Les billets d'olivier" (1985) ont été édités après sa mort survenue fin 1981 dès suite d'une longue maladie dont il fait lui-même allusion dans le poème Solo partiellement cité au post précédent.


Cette flamme en chaque homme qu’aucun « conditionnement » jamais ne soumettra, par laquelle nous transfigurerons le monde en le creusant en demeure, pourquoi, répète Xavier Grall, ne pas la dire : l’âme ?
Après nous, ce fut dans la tradition chrétienne, jadis, sa définition même : notre part de liberté, de grandeur, de noblesse, ce par quoi l’être humain ne peut être réduit à son « utilité ». Tel était, bien sûr, le sens de son « aristocratisme » foncier, qui lui fut si souvent, vivement, reproché : non pas la nostalgie des temps barbares de la puissance, mais le sentiment aigu de la grandeur de chaque homme, de ce qui fait du plus misérable des vagabonds l’égal d’un prince. Fils de rien, crie-t-il de toutes ses forces, écoute en toi le bruit de l’océan, découvre les immensités, ne te courbe pas, tu es fils de roi !


Toi, fils de roi, fils de rien,
Va, chante, marche sur les jachères,
Secoue le front des granges de ton épaule charnelle,
De ce pays de misères refais un pays de Chanaan,
Non plus la plainte d’ahan dans les fougères,
Non plus la mortelle agonie des humaines lignées,
Mais la vigueur que royalement te lèguent
Le testament du chêne, l’ordre du cyprès.

Et c’est cela le prix des chroniques que vous allez lire. [...]
Ainsi semaine après semaine, dans les cours billets ici rassemblés, miracles de poésie en prose, qui sont à compter parmi le meilleur de son oeuvre, enchantait-il ses lecteurs, à commencer par les plus simples, les plus humbles, en réveillant en eux leur part d'éternité: c'est que chacun lui était bien, fils de rien, fils de roi ...

Michel Le Bris, Préface,
Les Vents m’ont dit - Éditions Calligrammes / Bernard Guillemot

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2 billets de xavier Grrall

Message  Invité le Mer 9 Déc 2009 - 2:58

Pain des rêves


La poésie ne nourrit pas son homme dit-on. C’est vrai. N’empêche que pour les fins de mois, toujours difficiles quand on a cinq enfants*, la poésie opère de ces opportunes rallonges …

Ainsi je vends trois poèmes, fragments de La Sône des pluies et des tombes, recueil à venir. Ça s’est passé comme ceci : un de mes amis, artiste, typographe à l’occasion, m’avait demandé l’an passé d’imprimer et d’illustrer quelque chose de moi. J’ai toujours quelque chose par –là dans les tiroirs. Je lui ai passé Le Passeur, Les Marais de Yeun Elez, Tristan ! Ô choses de ma tristesse et de ma mélancolie, vous me donnez miraculeusement de la joie …

Car, ça y est : l’ouvrage, dit de luxe, est là. Avec la chair de son papier d’Arche, avec les bois gravés de mon ami, avec cette typo merveilleuse, dans les Garamond, noire, nette, avec la couleur féminine de ses voyelles, la rectitude de ses consonnes. Sonne ma sône, va ma chanson !

Oui, ça va. Malgré le prix élevé de ce genre d’ouvrage, je le vends très bien. Je vous jure : à défaut de connaître exactement la littérature, je sais bien ce qu’est la clarté de l’amitié. Et mes amis sont là qui ne dédaignent ni mes pluies ni mes tombes.

Mes filles, goûtez le pain que je vous donne par ce commerce de poésie. Le pain de mes rêves, n’est-il pas délicieux de le voir ainsi se transformer en nourriture terrestre ? Mangez mon pain, mangez mes poèmes, mangez-moi. Je suis fait pour ça puisque je suis Père.

Et c’est ainsi que nous communions, dans la masure de Tréhubert, aux pluies de mon pays, aux soleils de mes amis, et – qu’on me le permette – à la chair de ma chair …

Sonne ma sône, va ma chanson …

Xavier Grall 26-IX-73 Les billets d’olivier

*cinq filles



Pardon, Bonne Mère …


Et justement, voici que dans le recueillement de l’été finissant que se renouvellent les grands Pardons de Bretagne. Après la marée touristique. Juste avant la chute des feuilles. En ce temps de douceur extrême. Ce temps d’avant les vents des tempêtes, d’avant l’agonie des sèves et des soleils. Ah, les grandes assemblées joyeuses et mystiques de Rumengol et du Folgoët auxquelles je n’ai pas su prendre part …

J’aimerais aller à vous solitairement, Mère du Bois Fou, avec sur les lèvres des noms, non seulement des saints de mon pays mais aussi des poètes, avec les invocations simples à mes parents et frères disparus. Je suis d’ici. Les miens étaient d’ici. La foi, comme la démocratie, il est normal qu’elle s’exerce dans le pays charnel. Et comme l’avait fait Péguy marchant vers Chartres, j’aimerais aller vers le Folgoët avec tout mon temporel sur les épaules. Tout mon temporel : la pensée de ma femme et de mes enfants, tout le temporel de mon pain à gagner, des articles toujours à faire. Toutes mes peines et mes fêtes. Toute mon incarnation splendide et misérable.

Il n’y aurait personne dans la basilique. Il y aurait sur ce gothique flamboyant, taillé par des vieilles mains paysannes et artisanes, la tristesse des premières pluies. Oui, s’asseoir et rester là, sous la statue de la Reine, comme un voyageur dans une auberge.

Il faut des temples sur la terre, des bornes pour notre marche. Nous avons besoin de toutes sortes de signes : sacrés, humains. Nous ne sommes pas de ces purs esprits voguant dans l’azur. Nous sommes terrestres et passagers. Nous sommes une misère en marche, une espérance qui cherche une demeure. Car nous allons quelque part …

Xavier Grall 14-IX-78 Les Vents m’ont dit

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Il meurt lentement

Message  Invité le Sam 12 Déc 2009 - 21:16

Il meurt lentement


Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n'écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les cœurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !
Risque-toi aujourd'hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d'être heureux !

Pablo Neruda

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Re: Vie et poésie

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