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de l'histoire bling-bling à l'histoire sainte

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de l'histoire bling-bling à l'histoire sainte

Message  Invité le Jeu 27 Mai 2010 - 1:48

Des usages et mésusages de l’histoire.

Je ne peux résister à vous évoquer succinctement cet ouvrage récent d’un historien contemporain patenté, prof d’université, agrégé et j’en passe … en vous livrant quelques lignes de l’introduction de son ouvrage… Autant pour attirer un tant soit peu votre vigilance sur ces questions « d’histoire », ainsi que sur les manipulations qui peuvent en découler quand on fait parler les morts, que pour susciter chez vous j’espère l’envie d’en savoir davantage en vous livrant ce « cas d’école » … qui d’une certaine manière nous inviterait à reconsidérer jusqu’à … l’Histoire Sainte.

L’histoire bling-bling
Le retour du roman national

(Citations Introduction)

"Ce petit livre se voudrait ainsi aider à se repérer dans le ballet étourdissant des mises en scène de l’histoire. La vigilance critique s’impose particulièrement aujourd’hui où l’histoire est sans cesse théâtralisée et le passé national lourdement mobilisé par le Président de la République. Tous les Présidents, avec d’amples nuances, ont, certes, comme leur fonction les y invite, évoqué ou célébré le passé national. Mais le Président bling-bling fait lui de l’histoire bling-bling, clinquante, pas bien profonde dans ce contexte de nouveaux rapports aux passées. Cette histoire bling-bling s’ancre dans un contemporain qui dépasse largement le Président, mais il en est l’incarnation majeure. Chez lui, l’histoire bling-bling a un sens (le National réinventé), une direction (des gaulois à Sarkozy), une volonté (pas de « repentance », qu’il s’agisse de Vichy ou du colonialisme) et un ennemi public (les « mémoires » des « communautés »). Nous montrerons ici comment ces dimensions s’entremêlent autour de différents enjeux. Elles rencontrent aussi les préoccupations d’un certain nombre d’intellectuels et d’historiens qui s’inquiètent d’une « atmosphère repentante et pénitentielle », qui mythifient une unité française qu’ils voient menacée de toute part. Ainsi se bâtissent des légitimités croisées entre le pouvoir politique et ces nouveaux clercs organiques de la transcendance nationale.

Cette histoire bling-bling se marque d’abord par des mises en scènes soigneusement médiatisées dans des lieux choisis comme symboliques de combats valorisants, hauts lieux de la mémoire nationale : Verdun (pendant la campagne présidentielle ou pour le 11 novembre 2008), le maquis des Glières juste avant le second tour des municipales (le 18 juin 2008) et, désormais, chaque année, la cascade du Bois de Boulogne (Nicolas Sarkozy se rend le jour de son investiture, le 16 mai, dans ce lieu où des résistants furent fusillés).

L’histoire bling-bling, c’est ensuite un grand mélange où tout s’entrechoque, comme dans une boîte de nuit quand les néons tournent à plein : de grands noms (Jaurès ou Jeanne d’Arc), de grands événements (les croisades ou la Seconde Guerre mondiale), le tout mélangé sans hiérarchie, sans contexte, sans souci d’explication. Henri Guaino l’assume pleinement : « Nous voulons casser les filiations automatiques. » Évidemment, les enjeux sont là, politiques, bâtir de l’unanimité, comme un parti unique de la mémoire nationale, faire comme si les clivages n’existaient plus, comme si l’histoire n’était pas le fruit de tensions, sujette à des interprétations difficiles, incertaines, parfois.

L’histoire bling-bling est, on s’en doute, une histoire pipole. Les grandes figures sont valorisées, louées, mises en scène. Guy Mocquet, le premier, on y reviendra, qui fût transformé en icône nationale chargée de valeurs, plus ou moins consensuelles, hors de tout contexte historique, de tout effort de compréhension de ses engagements propres. La mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli, a fait l’objet d’une mise en scène grandiloquente et militarisée, après la pipolisation des derniers poilus dans leur ensemble, édulcorant le personnage, sans souci de transformer le moment en réflexion civique. Ce’ dernier est à nouveau mis en lumière à Verdun le 11 novembre 2008 : à l’intérieur de l’ossuaire de Douaumont, parmi les photos de vieux poilus, devant les caméras, Nicolas Sarkozy s’arrête, contemple le portrait de Ponticelli. On y reviendra aussi. Mais au-delà du sarkosysme, le bling-bling historique se distingue par l’usage de grandes figures jetées dans l’espace publique sans beaucoup de retenue comme c’est le cas avec les derniers poilus ou encore avec Charlemagne déguisé en père de l’Europe contemporaine.

L’histoire bling-bling, c’est encore, souvent, une histoire dont les discours s’effacent presque aussi vite qu’ils sont apparus, un présent dévorant d’icônes et de flashes. Dès octobre 2008, « la journée » Guy Mocquet , désormais hommage aux jeunes de la résistance, avait bien pâli … De même, aussitôt annoncé, le projet de parrainage d’un enfant victime de la Shoah par un élève du primaire est déjà abandonné en tant que tel.

L’histoire bling-bling décompose donc le passé en éléments épars, mis en scène et mélangés au point de perdre toute intelligibilité. En refusant contextualisation et explication, elle dépossède les citoyens de leur passé. L’histoire bling-bling est ainsi une histoire pour consommateurs, pas une histoire de citoyens. L’histoire bling-bling brille mais n’éclaire pas. Elle demande l’adhésion, pas la réflexion.

Nicolas Offenstadt
Introduction p 21 > 26


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