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LA REUSSITE SCOLAIRE EST POSSIBLDANS LES MILIEUX DEFAVORISES

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LA REUSSITE SCOLAIRE EST POSSIBLDANS LES MILIEUX DEFAVORISES

Message  Invité le Mer 9 Juin 2010 - 9:43

L’école d'élite du Bronx

Lancé en 1994 à Houston par deux jeunes enseignants, Michael Feinberg et David Levin, le réseau d’écoles publiques Kipp obéit, en plus de son credo Knowledge is Power Program, à la règle des trois D : «Desire», «Discipline», «Dedication». Ces trois mots sont inscrits sur les polos que portent en guise d’uniforme les élèves de la Kipp Academy.
Ouvertes du primaire au lycée, ces 82 écoles labélisées accueillent dans dix-neuf États plus de 21 000 élèves — et le réseau est en lien avec l’université de Columbia. Issus de milieux défavorisés, les élèves, pour majorité d’origine hispanique ou afro-américains, n’ont rien à payer mais doivent s’engager, ainsi que leurs parents, à une sorte de contrat moral avec l’école. «There is no shortcuts» : il n’y a pas de raccourcis à l’apprentissage enseigne d’entrée la Kipp, ouverte de 7h30 à 17h et qui demande un réel investissement en termes de travail.
Mais de la même manière que le gospel incite à entrer dans une église, les cours délivrés par la Kipp sont une alternative dynamique et constructive à la rue : introduits de manière ludique et musicale, les cours démarrent sur un décompte à la We will rock you. Car l’idée est aussi que les professeurs, venant eux-mêmes de quartiers défavorisés, sont des modèles, un peu à la manière de rockstars sur la scène de la connaissance.

Le Bronx à New York est l’un des quartiers les plus violents des Etats-Unis. C’est pourtant au coeur de ce quartier qu’est installée l’une des meilleures écoles du pays. David Levin son jeune principal de 30 ans l’a construite sur un principe fondamental : le respect scrupuleux des règles.

Son objectif : prouver qu’il n’existe pas de malédiction des quartiers déshérités.

LES ÉLÈVES portent des tee-shirts imprimés Kipp, Knowledge Is Power Program, « la connaissance, c'est le pouvoir ». Dans une classe, une phrase d'Oprah Winfrey, l'animatrice noire de talk-show : « Le grand secret, c'est qu'il n'y a pas de grand secret. Quel que soit votre objectif, vous pouvez l'atteindre par le travail. » Sur un autre mur, sont affichées les trois premières raisons pour lesquelles les gens se font licencier : « Absentéisme, esprit négatif, manque de compétence. » David Levin, fondateur de cette école installée dans le Bronx, l'un des quartiers les plus pauvres des États-Unis, au nord de Manhattan, insiste sur l'importance du comportement : « Le gros malentendu en matière d'éducation, c'est de faire croire qu'il faut terminer sa scolarité et qu'ensuite tout ira bien. Ce n'est pas vrai pour ceux qui sortent des écoles publiques du Bronx. » Son établissement ne compte aucun élève blanc.
Selon le National Assessment of Educational Progress, en 2005 seulement 12 % des enfants noirs de 4e lisaient avec aisance. L'objectif, insiste David, n'est pas seulement de pousser ses élèves à décrocher de bons résultats scolaires, mais de les armer dans la vie.


Chemise mauve et coiffure afro
L'école est un curieux mélange de discipline traditionnelle et d'avant-gardisme utopique. « Pour que nos élèves réussissent plus tard, il faut leur apprendre les bonnes attitudes, explique Shirley Lee, une enseignante. On leur explique comment parler à un adulte, comment serrer la main, comment évacuer sa colère. » Lorsqu'ils sortent de classe, les élèves doivent se mettre en rang en silence, le pied droit posé sur la bande noire tracée au milieu du couloir. David Levin passe devant eux en mangeant un beignet et Quinton Vance, le proviseur, en chemise mauve et coiffure afro, semble sorti d'un clip de MTV. Dans un couloir, un « temple de la copie superbe » :sous un fronton gréco-romain en carton sont accrochées d'excellentes copies corrigées. Toutes sont annotées d'exclamations : « Formidable ! » « Génial ! » Des enseignants enchantés ont dessiné de gros sourires réjouis en haut des copies. « C'est important d'encourager les élèves, souligne Levin, c'est comme à Las Vegas, il faut créer de l'excitation. »


Dans la salle voisine, un prof de maths a inscrit le « menu »de son cours au tableau : « entrée : correction des devoirs », « plat du jour : régression linéaire »... Un son de violons arrive du bout du couloir. Sur une chaise haute, Jesus Concepcion fait répéter l'air de « Shaft » d'Isaac Hayes à une soixantaine d'élèves. Ils jouent à la perfection. Des CD gribouillés des deux règles de l'école - « travaillez dur, soyez gentil » - pendent du plafond. Au mur, une banderole affirme : « Nous apprendrons tous à jouer de la musique. » Quand ils arrivent à Kipp, moins de 1 % des élèves savent jouer d'un instrument, souligne Jesus Concepcion, dont la carte de visite dit qu'il n'est pas prof de musique mais « chef d'orchestre » à l'école.

Les résultats de l'établissement sont excellents : les tests annuels indiquent que 86 % des élèves de 4e à Kipp ont le niveau requis en mathématiques, largement dans les critères de la loi « No child left behind » voulue par Bush, contre 16 % de ceux du sud du Bronx.
« On n'a jamais essayé de développer un modèle, assure David Levin, on s'est juste demandé ce qu'on pouvait faire pour ces élèves. »
C'était la question qu'il se posait avec son copain Michael Feiberg quand ils étaient profs dans un quartier difficile de Houston (Texas). En 1994, ils montent leur programme au sein d'une école publique avec une classe de 45 enfants. Un an plus tard, David vient à New York créer celle-ci dans le Bronx. Très vite, leur succès attire l'attention des philanthropes : Doris et Donald Fischer, créateurs de la marque Gap, leur accordent 15 millions de dollars en 1999, puis la Fondation Bill Gates leur en alloue 8 millions en 2004. Ils ont aujourd'hui 52 établissements Kipp accueillant 12 000 élèves dans les quartiers chauds de Chicago, de La Nouvelle-Orléans, de Los Angeles ou de New York.


Prof quinze heures par jour
Les écoles Kipp sont toutes des « charter schools », sous contrat public. Celle du Bronx est située dans un bâtiment qui abrite trois écoles publiques. Le contraste est saisissant quand les élèves alignés silencieux de Kipp croisent les hordes cavalant bruyamment des autres établissements. Professeur de maths, Frank Corcoran estime que cette promiscuité est profitable : « Les profs de l'école d'à côté baissent moins les bras. Par exemple, ils ont vu qu'on donnait des cours de soir et ils s'y sont mis. »
Si le succès des écoles Kipp est incontesté, des interrogations demeurent : Les enfants s'en sortent-ils mieux parce que l'école est petite (248 places) ? Les élèves ont beau être tirés au sort, les parents qui les inscrivent ne sont-ils pas plus soucieux de leur éducation ? Surtout, les questions portent sur la capacité à étendre le modèle. « On a du mal à trouver de très bons enseignants, la profession est tellement sous-évaluée », admet David Levin.

Ceux de Kipp travaillent souvent quinze heures par jour (les emplois du temps des élèves comptent 60 % d'heures de cours en plus que les écoles publiques ordinaires). La veille, Frank Corcoran est resté jusqu'à 20 heures pour aider un élève à refaire un devoir. Comme tous ses collègues, il a donné son numéro de portable à sa classe. « La grande différence ici, c'est le lien avec les élèves. » Entrés au lycée, les anciens repassent le voir. « Certains à l'université continuent à porter leur tee-shirt de la Kipp. »

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