Spiritualités

EN 1991 SILO PARLAIT DE LA CRISE

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EN 1991 SILO PARLAIT DE LA CRISE

Message  Invité le Jeu 8 Juil 2010 - 11:38


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LETTRES À MES AMIS
À propos de la crise sociale et personnelle dans le monde actuel - Vers où se dirige la société actuelle alors que les événements s'accélèrent ? Quels comportements, quelles valeurs, quelles actions nouvelles l'homme peut-il soutenir pour produire des transformations de fond ? Le concept de révolution est-il à redéfinir ? Quel rôle devraient jouer les forces armées ? Où en est-on quand aux droits de l'homme ? Autant de questions auxquelles cette série de dix lettres donnent des réponses pertinentes. C'est dans un style fort, très critique et parfois avec humour que Silo brosse un tableau sans concession du monde actuel et trace les grandes lignes de l'humanisme contemporain. Cet ouvrage, qui place notre humanité au centre de ses responsabilités, de ses devoirs et de ses espoirs, est un véritable événement.

Dans "Lettres à mes Amis", Silo prévenait de la crise, de la chute des systèmes, indispensables pour vivre des relations humaines et fraternelles et mettre l'humain à la première place.

Voici sa lettre 3

LETTRES A MES AMI, SILO - LETTRE 3
17/12/91

Chers amis,

J’espère que la présente lettre servira à ordonner et simplifier mes opinions à propos de la situation actuelle. Je voudrais aussi considérer certains aspects des relations entre individus, ainsi que des relations qu’ils ont avec le milieu social dans lequel ils vivent.

1. Le changement et la crise
A cette époque de grand changement, les individus, les institutions et la société sont en crise. Le changement sera de plus en plus rapide de même que les crises individuelles, institutionnelles et sociales. Cela annonce des perturbations que de grands ensembles humains n’assimileront peut-être pas.

2. Désorientation
Les transformations qui se produisent prennent des directions inattendues, provoquant une désorientation générale face au futur et à ce que l’on doit faire dans le présent. En réalité, ce n’est pas le changement qui nous perturbe car nous voyons en lui de nombreux aspects positifs. Ce qui nous inquiète, c’est de ne pas savoir dans quelle direction va le changement et vers où orienter notre activité.

3. Crise dans la vie des personnes
Les changements touchent l’économie, la technologie, la société, et agissent surtout sur nos vies : sur notre milieu familial et professionnel, sur nos relations d’amitié. Nos idées, ce que nous avons cru sur le monde, sur les autres et sur nous-mêmes, se modifient. De nombreuses choses nous stimulent mais d’autres nous perturbent et nous paralysent. Notre comportement et celui des autres nous semblent incohérents, contradictoires et sans direction claire, tout comme les événements qui nous entourent.

4. Nécessité de donner une orientation à sa propre vie
Par conséquent, il est fondamental de donner une direction à ce changement inévitable et il n’y a pas d’autre façon de le faire que de commencer par soi-même. En soi-même, il faut donner direction à ces changements désordonnés dont nous méconnaissons le cap.

5. Direction et changement de situation
Comme les individus ne vivent pas isolés, s’ils donnent réellement une direction à leur vie, ils modifieront leur relation avec les autres, dans leur famille, dans leur travail et là où ils agissent. Ceci n’est pas un problème psychologique qui se résout dans la tête d’individus isolés mais dans le changement de situation que l’on vit avec les autres grâce à un comportement cohérent.
Quand nous fêtons nos succès ou sommes déprimés par nos échecs, quand nous faisons des plans concernant notre futur ou que nous nous proposons d’introduire des changements dans notre vie, nous oublions le point fondamental : nous vivons en relation avec les autres. Nous ne pouvons expliquer ce qui nous arrive, ni choisir, sans faire référence à certaines personnes et à certains milieux sociaux concrets. Ces personnes qui ont une importance particulière pour nous, et ces milieux sociaux dans lesquels nous vivons, nous mettent dans une situation précise à partir de laquelle nous pensons, sentons et agissons. Le nier ou ne pas en tenir compte crée d’énormes difficultés.
Notre liberté de choix et d’action est délimitée par la situation que nous vivons. Tout changement que nous désirons opérer ne peut pas être projeté dans l’abstrait mais référencé à la situation que nous vivons.

6. Le comportement cohérent
Si nous pouvions penser, sentir et agir dans la même direction, si ce que nous faisons ne nous créait pas de contradiction avec ce que nous sentons, nous dirions que notre vie est cohérente. Nous aurions confiance en nous, quand bien même nous n’inspirerions pas nécessairement confiance à notre milieu immédiat. Nous devrions obtenir cette même cohérence dans la relation avec les autres, en les traitant comme nous voudrions être traités. Nous savons qu’il peut exister une sorte de cohérence destructive observable chez les racistes, les exploiteurs, les fanatiques et les violents, mais leur incohérence dans la relation est évidente parce qu’ils traitent les autres d’une façon très différente de celle qu’ils veulent pour eux-mêmes.

Cette unité de pensée, sentiment et action, cette unité entre le traitement que l’on demande et celui que l’on donne, sont des idéaux non réalisés dans la vie quotidienne. Là est la question. Il s’agit d’un ajustement de conduites à ces propositions ; il s’agit de valeurs qui, prises au sérieux, donnent une direction à la vie, indépendamment des difficultés rencontrées pour les concrétiser. Si nous observons bien les choses, non pas de façon statique mais en dynamique, nous entendrons cela en tant que stratégie qui doit gagner du terrain à mesure que le temps passe. C’est bien là que les intentions ont de l’importance, même si au début, les actions ne coïncident pas avec elles, surtout si ces intentions sont soutenues, perfectionnées et amplifiées. Les images de ce que l’on veut atteindre sont des références solides qui donnent une direction en toute situation. Et ce que nous disons n’est pas si compliqué. Il n’est pas surprenant, par exemple, qu’une personne oriente sa vie pour obtenir une grande fortune, même si elle peut savoir par avance qu’elle ne l’obtiendra pas. De toute manière, son idéal la pousse, même si elle n’a pas de résultats notables. Pourquoi alors ne peut-on pas comprendre que ces idéaux de vie puissent donner une direction aux actions humaines, malgré l’époque opposée à l’unité entre le traitement que l’on demande et celui que l’on donne, et bien qu’elle empêche de penser, sentir et agir dans la même direction ?


7. Les deux propositions
Penser, sentir et agir dans la même direction et traiter les autres comme on veut être traité sont deux propositions si simples qu’elles peuvent paraître naïves aux personnes habituées aux complications. Cependant, à travers cette candeur apparente se trouve une nouvelle échelle de valeurs au sommet de laquelle se trouve la cohérence ; une nouvelle morale pour laquelle la façon d’agir n’est pas indifférente ; une nouvelle aspiration qui implique d’être conséquent dans l’effort pour donner une direction aux événements humains.
A travers cette candeur apparente, on parie sur le sens de la vie personnelle et sociale, qui sera vraiment évolutive ou ira vers la désintégration.
Nous ne pouvons plus compter sur le fait que de vieilles valeurs puissent donner cohésion aux personnes dans un tissu social qui, jour après jour, se détériore à cause de la méfiance, de l’isolement et de l’individualisme croissants. L’ancienne solidarité entre membres d’école, d’asso­ciations, d’institutions et de groupes est remplacée par la compétition sauvage à laquelle n’échappent ni le couple, ni la fraternité familiale. Dans ce processus de démolition, une nouvelle solidarité ne s’élèvera pas sur la base d’idées et de comportements d’un monde révolu, mais plutôt grâce à la nécessité concrète pour chacun de donner une direction à sa vie, ce pour quoi il devra modifier son propre milieu. Cette modification, si elle est sincère et profonde, ne peut se mettre en marche par des impositions, par des lois externes ou des fanatismes de toutes sortes, mais plutôt par le pouvoir de l’opinion et de l’action minimale conjointe avec les personnes qui font partie de son milieu.


8. Toucher toute la société à partir du milieu immédiat
Nous savons qu’en changeant positivement notre situation, nous influencerons notre milieu ; d’autres personnes partageront ce point de vue, donnant naissance à un système de relations humaines en développement. Nous devrons nous demander : pourquoi devrions-nous aller plus loin que là où nous avons commencé ? Simplement par cohérence avec la proposition de traiter les autres comme nous voulons qu’ils nous traitent. Pour apporter, peut-être, aux autres quelque chose qui a été fondamental pour notre vie. Si l’influence commence à se développer, c’est parce que les relations, et donc les composantes de notre milieu se sont amplifiées. C’est une question que nous devrions prendre en compte dès le départ, car même si notre action s’applique, au début, en un point limité, la projection de cette influence peut parvenir très loin.
Il n’y a rien d’étrange à l’idée que d’autres personnes décideront d’aller dans la même direction. Après tout, les grands mouvements historiques ont suivi le même parcours : ils ont commencé petits, logiquement, et se sont développés parce que les gens les ont considérés comme des interprètes de leurs nécessités et inquiétudes. Agir dans le milieu immédiat mais avec le regard tourné vers le progrès de la société est cohérent avec tout ce qui a été dit. Par ailleurs, pourquoi ferions-nous référence à une crise globale qui doit être affrontée avec résolution si tout se terminait chez des individus isolés pour lesquels les autres n’ont pas d’importance ? La nécessité de former des groupes de discussion et de communication directe surgira des gens qui s’accordent à donner une nouvelle direction à leur vie et aux événements. Plus tard, la diffusion à travers tous les médias permettra d’amplifier la surface de contact, de même qu’avec la création d’organismes et d’institutions compatibles avec cette proposition.


9. Le milieu dans lequel nous vivons
Nous avons déjà dit que le changement est si rapide et si inattendu que cet impact est reçu comme une crise dans laquelle se débattent des sociétés entières, des institutions et des individus. Pour cela, il est indispensable de donner une direction aux événements. Cependant, comment pourrait-on le faire en étant soumis à l’action d’événements majeurs ? Il est évident que chacun ne peut donner direction qu’à des aspects immédiats de sa vie et non au fonctionnement des institutions et de la société. D’autre part, prétendre donner une direction à sa propre vie n’est pas chose facile étant donné que chacun vit en situation, ne vit pas isolé mais dans un milieu. Ce milieu, nous pouvons le voir aussi ample que l’Univers, la Terre, le pays, l’Etat ou la province, etc.. Cependant, il y a un milieu immédiat qui est celui où nous développons nos activités. Ce milieu est familial, professionnel, amical, etc.. Nous vivons en relation avec d’autres personnes et c’est ce monde spécifique dont nous ne pouvons nous passer. Il agit sur nous et nous sur lui de façon directe. Si nous avons une quelconque influence, c’est sur ce milieu immédiat. Mais il arrive que l’influence que nous exerçons aussi bien que celle que nous recevons soient affectées, à leur tour, par des situations plus générales, par la crise et la désorientation.


10. La cohérence : une direction de vie
Si on voulait donner une certaine direction aux événements, il faudrait commencer par sa propre vie et pour ce faire, nous devrions prendre en compte le milieu dans lequel nous agissons. Maintenant, à quelle direction pouvons-nous aspirer ? Sans doute à celle qui nous donne une cohérence et nous aide dans un milieu aussi changeant et imprévisible. Penser, sentir et agir dans la même direction est une proposition de cohérence dans la vie. Cependant, cela n’est pas facile parce que nous nous trouvons dans une situation que nous n’avons pas complètement choisie. Nous faisons des choses qu’il faut faire, bien qu’en grand désaccord avec ce que nous pensons et sentons.

Nous sommes placés dans des situations que nous ne contrôlons pas. Agir avec cohérence, plus qu’un fait, est une intention, une tendance que nous pouvons garder présente, de sorte que notre vie se dirige progressivement vers ce type de comportement. Il est clair que c’est uniquement en influant sur ce milieu que nous pourrons changer une partie de notre situation. En le faisant, nous donnerons une direction à la relation avec les autres, et les autres partageront une telle conduite. Si l’on objecte à ce qui précède que certaines personnes changent fréquemment de milieu en raison de leur travail ou pour d’autres motifs, nous répondrons que cela ne change rien à la proposition, car elles seront toujours en situation, elles seront toujours dans un milieu donné. Si nous prétendons être cohérents, la façon dont nous traitons les autres devra être similaire à la façon dont nous exigeons être traités. Ainsi, dans ces deux propositions, nous trouvons les éléments de base qui donnent direction dans la limite de nos forces. Plus le penser, le sentir et l’agir avancent dans la même direction, plus la cohérence avance. Cette cohérence s’étend aux autres, car c’est son unique façon d’avancer, et en s’étendant aux autres, nous commençons à les traiter de la manière dont nous aimerions être traités. Cohérence et solidarité sont des directions, des aspirations de conduites à atteindre.


11. La proportion des actions : une avancée vers la cohérence
Comment avancer en direction cohérente ? En premier lieu, nous aurons besoin d’une certaine proportion dans ce que nous faisons quotidiennement. Il est nécessaire d’établir quelles sont les questions les plus importantes de notre activité. Nous devons donner priorité à ce qui est fondamental pour que les choses fonctionnent, puis à ce qui est secondaire et ainsi de suite. Il se peut qu’en prêtant attention à deux ou trois priorités, nous obtenions un bon cadre de situation. Les priorités ne peuvent pas s’inverser, elles ne peuvent pas non plus être séparées entre elles à tel point que notre situation se déséquilibre. Les choses doivent aller ensemble et non isolément, en évitant que les unes prennent le pas sur les autres.

Fréquemment, nous nous aveuglons par l’importance d’une activité, et de ce fait, l’ensemble se déséquilibre... et à la fin, ce que nous considérions si important ne peut pas non plus être réalisé parce que notre situation générale s’en est trouvé affectée. Il est aussi certain que se présentent parfois des affaires urgentes auxquelles nous devons nous consacrer, mais il est clair que nous ne pouvons pas vivre en remettant à plus tard d’autres choses que requiert la situation générale dans laquelle nous vivons. Etablir des priorités et mener l’activité en proportion adéquate est une avancée évidente en direction de la cohérence.


12. L’opportunité des actions : une avancée vers la cohérence
Une sorte de routine liée aux horaires, aux soins personnels et au fonctionnement de notre milieu ponctue notre vie quotidienne. Cependant, ces règles sont aussi chargées d’une dynamique et d’une richesse d’événements que les personnes superficielles ne savent pas apprécier. Il y a ceux qui confondent leur vie avec leur routine, mais dans l’absolu ce n’est pas ainsi car très fréquemment ils doivent choisir parmi les conditions que le milieu impose. Il est certain que nous rencontrons des inconvénients et vivons parmi des contradictions mais il conviendra de ne pas confondre ces deux termes. Nous entendons par “inconvénients”, les gênes et les empêchements que nous affrontons. Ils ne sont pas tellement graves mais s’ils deviennent nombreux et répétés, ils augmentent notre irritation et notre fatigue. Assurément nous sommes en condition de les surpasser ; ils ne déterminent pas la direction de notre vie, ils n’empêchent pas que l’on mène un projet de l’avant ; ce sont des obstacles sur le chemin qui vont de la moindre difficulté physique aux problèmes qui nous font presque perdre le cap.

Les inconvénients admettent des degrés d’importance mais ils se maintiennent dans une limite qui n’empêche pas d’avancer. Il en est autrement avec ce que nous appelons “contradictions”. Lorsque notre projet ne peut pas être réalisé, lorsque les événements nous lancent dans une direction opposée à celle que nous désirons, lorsque nous nous trouvons dans un cercle vicieux que nous ne pouvons rompre, lorsque nous ne pouvons donner un minimum de direction à notre vie, nous sommes pris par la contradiction. La contradiction est une sorte d’inversion du courant de la vie qui nous amène à reculer sans espoir. Nous sommes en train de décrire le cas où l’incohérence se présente sous sa forme la plus crue. Dans la contradiction s’opposent ce que nous pensons, ce que nous sentons et ce que nous faisons.

Malgré tout, il y a toujours une possibilité de donner une direction à sa vie, mais il est nécessaire de savoir quand le faire. L’opportunité pour agir est quelque chose dont nous ne tenons pas compte dans la routine quotidienne et cela parce que beaucoup de choses sont codifiées. Cependant, face à d’importants inconvénients et aux contradictions, les décisions que nous prenons ne peuvent être exposées à la catastrophe. En général, nous devons reculer face à une grande force et avancer avec résolution lorsque celle-ci s’affaiblit. Il y a une grande différence entre le craintif qui recule ou s’immobilise face à n’importe quel inconvénient et celui qui agit en se plaçant au-dessus des difficultés, sachant que c’est précisément en avançant qu’il peut les éluder. Il est parfois impossible d’avancer parce qu’un problème qui dépasse nos forces se dresse devant nous, et l’attaquer sans calcul nous mènerait au désastre. Le grand problème que nous affrontons est aussi en dynamique et la relation des forces changera soit parce que notre influence s’accroît, soit parce que son influence diminue. Cette relation rompue, c’est le moment d’agir avec résolution puisqu’une indécision ou une remise à plus tard modifierait encore une fois les facteurs. L’exécution de l’action opportune est le meilleur outil pour produire des changements de direction.


13. L’adaptation croissante : une avancée vers la cohérence
Considérons le thème de la direction, de la cohérence que nous voulons atteindre. Nous adapter à certaines situations aura à voir avec cette proposition parce que nous adapter à ce qui nous mène dans une direction opposée à la cohérence est d’une grande incohérence. Les opportunistes souffrent d’une grande myopie vis-à-vis de ce thème. Ils considèrent que la meilleure façon de vivre est l’acceptation de tout, l’adaptation à tout. Ils pensent que tout accepter – pourvu que cela provienne de ceux qui détiennent le pouvoir – est adapté mais il est clair que leur vie dépendante est très loin de ce que nous entendons par cohérence. Nous faisons la distinction entre la désadaptation qui empêche d’amplifier notre influence, l’adaptation décroissante qui nous fait accepter des conditions établies et l’adaptation croissante qui fait grandir notre influence en direction des propositions que nous venons de commenter.


En synthèse

1.- Il y a un changement rapide dans le monde, mû par la révolution technologique qui se heurte aux structures établies, à la formation et aux habitudes de vie des sociétés et des individus.

2.-Ce déphasage génère des crises progressives dans tous les domaines et il n’y a aucune raison de supposer qu’il va s’arrêter ; à l’inverse, il tendra à s’accentuer.

3.-L’imprévisibilité des événements empêche de prévoir la direction que prendront les faits, les personnes qui nous entourent, et en définitive notre propre vie.

4.-Bon nombre de choses que nous pensions et croyions ne nous servent plus. On ne voit pas non plus de solutions provenant d’une société, d’institutions et d’individus qui souffrent du même mal.

5.-Si nous décidons de travailler pour affronter ces problèmes, nous devrons donner une direction à notre vie, en cherchant la cohérence entre ce que nous pensons, sentons et faisons. Comme nous ne sommes pas isolés, cette cohérence devra s’étendre aux autres, en les traitant comme nous voudrions être traités. Ces deux propositions ne peuvent être accomplies rigoureusement mais constituent la direction dont nous avons besoin, surtout si nous les prenons comme références permanentes et les approfondissons.

6.-Nous vivons en relation immédiate avec les autres et c’est dans ce milieu que nous devons agir pour donner une direction favorable à notre situation. Ce n’est pas une question psychologique, une question qui peut s’arranger dans la tête isolée des individus ; c’est un thème lié à la situation dans laquelle nous vivons.

7.-Conséquents avec les propositions que nous essayons de mener de l’avant, nous arriverons à la conclusion que ce qui est positif pour nous et notre milieu immédiat doit être élargi à toute la société. Avec d’autres qui vont dans la même direction, nous mettrons en place les moyens adéquats pour qu’une nouvelle solidarité trouve son cap. Pour cela, bien qu’agissant spécifiquement dans notre milieu immédiat, nous ne perdrons pas de vue une situation globale qui affecte tous les êtres humains et qui requiert notre aide de la même façon que nous avons besoin de l’aide des autres.

8.-Les changements inattendus nous amènent à poser sérieusement la nécessité de donner direction à notre vie.

9.-La cohérence ne commence ni ne finit en soi-même, mais elle est en relation avec un milieu, avec d’autres personnes. La solidarité est un aspect de la cohérence personnelle.

10.-La proportion dans les actions consiste à établir des priorités de vie et à agir sur la base de celles-ci en évitant qu’elles ne se déséquilibrent.

11.-L’opportunité pour agir prend en compte le fait de reculer face à une grande force et avancer avec résolution lorsque celle-ci s’affaiblit. Cette idée est importante pour produire des changements dans la direction de la vie, si nous sommes soumis à la contradiction.

12.-La désadaptation à un milieu auquel nous ne pouvons rien changer, tout comme l’adaptation décroissante par laquelle nous nous limitons à accepter les conditions établies, ne conviennent pas. L’adaptation croissante consiste à augmenter notre influence sur le milieu et ce, dans une direction cohérente.

Recevez, avec cette lettre, mes amicales salutations.

Silo, 17/12/91


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Fin de la Lettre 2, 05/12/91

Nous nous rendons également compte que les tendances vers la régionalisation et finalement vers la mondialisation sont en train d’être mani­pulées par des intérêts particuliers au détriment des grands ensembles humains. Même à travers ces distorsions, il est évident que le processus vers une nation humaine universelle se fraye un chemin.

Le changement accéléré qui se manifeste dans le monde mène à une crise globale du système et, par conséquent, à une remise en ordre des facteurs. Ce qui précède sera la condition nécessaire pour arriver à une stabilité acceptable et à un développement harmonieux de la planète. Par conséquent, malgré les tragédies que l’on peut discerner dans la décomposition de ce système global actuel, l’espèce humaine prévaudra sur tout intérêt personnel.

C’est dans la compréhension de la direction de l’histoire qui débuta chez nos ancêtres hominiens, que se trouve notre foi dans le futur. Cette espèce qui a travaillé et lutté pendant des millions d’années pour vaincre la douleur et la souffrance ne succombera pas dans l’absurde.

Pour cela, il est nécessaire de comprendre des processus plus amples que de simples conjonctures et de soutenir tout ce qui marche dans une direction évolutive quand bien même on ne verrait pas de résultats immédiats.

Le découragement des êtres humains courageux et solidaires retarde la marche de l’histoire. Mais il est difficile de comprendre ce sens si la vie personnelle ne s’organise pas et ne s’oriente pas, elle aussi, dans une direction positive. Là ce ne sont pas des facteurs mécaniques ou des déterminismes historiques qui sont en jeu, c’est l’intention humaine, qui tend à se frayer un chemin à travers toutes les difficultés.

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