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Mort de Mohammed Arkoun : un grand penseur de l'Islam

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Mort de Mohammed Arkoun : un grand penseur de l'Islam

Message  pat le Jeu 16 Sep 2010 - 21:17

Je doute que les partisans d'un Islam fondamentaliste soient affectés par la mort de Mohammed Arkoun.
Ce grand penseur n'a cessé de regretter le passage historique d'un Islam au discours ouvert à un discours dogmatique et clos. Il n'a , également pas cessé de dénoncer la collusion du pouvoir politique et du pouvoir religieux.

Sa pensée forme un enseignement dont la richesse ne permet pas de citer quelques phrases isolées. Je renvoie donc à l'ouvrage de Rachid Benzine « Les nouveaux penseurs de l'Islam » qui fait un commentaire complet de la pensée de Arkoun.

Voici aussi un lien qui nous le montre répondant à quelques questions


http://www.mediapart.fr/club/edition/compliquons-les-intrigues/article/160910/mohamed-arkoun-mort-dun-grand-penseur-de-lisla

pat

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Re: Mort de Mohammed Arkoun : un grand penseur de l'Islam

Message  Invité le Dim 19 Sep 2010 - 13:48

Mohammed Arkoum avait déjà été évoqué sur le forum ( ICI mais je cite le passage qui en parle).

C'est un bonheur de l'écouter !!!! de ré-écouter !
un combattant pour "expliquer" par pour se battre ... Là me semble être le réel Combat !


La nature du lien entre religion et politique
vidéo 9 ' 25
http://www.youtube.com/watch?v=Z8duBgzBdfw

Mohammed Arkoun est né en 1928 à Taourirt-Mimoun (Ath Yenni), un village kabyle du nord de l'Algérie est un intellectuel algérien, philosophe et historien de l'islam. Un des professeurs les plus influents dans l'étude islamique contemporaine[1], il est professeur émérite d'histoire de la pensée islamique à la Sorbonne (Paris-III), et enseigne l« islamologie appliquée », discipline qu'il a développé, dans diverses universités européennes et américaines. Parmi ses sujets d'étude, l'impensé dans l'islam contemporain.

Mohammed Arkoun se situe dans la branche critique du réformisme musulman. Prônant le modernisme et l'humanisme islamique, il a développé une critique de la modernité dans la pensée islamique, et plaide pour une « repensée de l'islam » dans le monde contemporain.
Il y a consacré de très nombreux ouvrages dont La Pensée arabe (Paris, 1975), Lectures du Coran (Paris, 1982), Penser l'islam aujourd'hui (Alger, 1993), ou encore The Unthought in Contemporary Islamic Thought (Londres, 2002).


(retranscription partielle de la vidéo)

" [...] Là aussi il faut réfléchir sur la façon dont la laïcité a été appliquée en France métropolitaine et dans ce que l'on appelle "la France d'outre-mer" ..., elle a existé. 132 ans de souveraineté pleinière en Algérie, terre française, département français.

Quand Jules Ferry et les autres ont fait l'école obligatoire, gratuite et laïque, ... formidable ! initiative politique créatrice au maximum qui a fait de la France ce qu'elle est, une avance formidable, ... encore qu'il faut regretter ... que l'on n'ait pas tenu compte des langues provinciales qui ont disparu. Aujourd'hui elles essaient de renaître, parce que la langue, c'est la mémoire du groupe, et la mémoire du groupe doit être respectée, d'un point de vue humaniste. Là, on a visé l'objectif politique précisément, unifier la nation ! même langue, même culture, même références historiques, mais pas des références historiques critiques, ce sont des références que Pierre Nora nous a bien décrites dans son gros livre en trois volumes "Les lieux de mémoire". La bataille de Poitiers est un lieu de mémoire ... chrétienne, et ensuite un lieu de mémoire de la République. Malet_et_Isaac* a répandu cette phrase qui est incrustée dans notre tête, du moins ceux qui ont utilisé ce manuel, "Charles Martel arrête les arabes à Poitiers". Cette phrase, cette proposition, est une proposition que j'appelle mytho-historique. Mytho-historique pour construire une mémoire chrétienne d'abord, ... le christianisme étant la religion vraie, il n'est pas question de laisser se balader dans un pays chrétien des barbares et la religion musulmane qui était une forgerie du diable, de Satan ... c'est comme ça qu'on voyait les choses, c'est de l'histoire ça !

Donc comment fonctionne la laïcité ? Eh bien la laïcité qui exclut, n'est plus la laïcité.

Cette scolarisation obligatoire, gratuite et laïque, ne s'est absolument pas appliquée sur tout le territoire algérien, lorsque, La France, 1880, la France est chez elle ... c'est la souveraineté française. Ce qui va nous conduire à ce que j'appelle une tragédie ... politiquement programmée en Algérie.
Une tragédie politiquement programmée, parce que le programme est à notre disposition. Le concept était là, et même la pratique était là. Que ne l'applique-t-on ? ... en Algérie, tout le monde aurait été heureux, ... et on élève tout un pays, et quel pays ! avec le Maroc et la Tunisie à côté.

Quelle est cette cécité politique, qui fait que, on laisse tomber les indigènes, et on crée un statut juridique de l'indigénat alors que nous avons en métropole une si belle loi, de modernisation et d'émancipation de l'esprit humain. De l'émancipation de l'esprit humain par l'école.

Cela ne peut pas être ... minimisé intellectuellement, ... parce que c'est une faute ! ... de la responsabilité intellectuelle de ce que j'appelle la raison des lumières. Et je peux vous citer beaucoup d'autres omissions de la sorte, ... 1905, la loi de 1905 ... je m'excuse de me référer à ce livre, ce livre je l'ai écrit pour ces choses-là, pour que les français sachent ce qu'il s'est passé historiquement entre la France et l'islam. Ça s'appelle "La France, l'islam et les musulmans en France depuis le moyen-âge jusqu'à nos jours" ** . Voilà le titre ! C'est d'une actualité majeure. C'est une œuvre de formation civique et de critique de la raison des lumières, par des historiens, et pas par des philosophes qui spéculent."

* célèbre collection de manuels historiques français de la première moitié du XX e siècle

** Histoire de l'islam et des musulmans en France, Du Moyen Age à nos jours Mohammed Arkoun

De la bataille livrée à Poitiers en 732 par Charles Martel contre les Sarrasins aux problèmes d’intégration des immigrants du monde contemporain, des croisades médiévales à l’idéologie coloniale, du regard des peintres à celui des cinéastes, du rayonnement d’Abd el-Kader au déni de citoyenneté des harkis, les rapports entre la France et le monde musulman sont passés au crible. Et ces regards multiples, couvrant le Moyen Âge à nos jours, inventorient l’étroite interdépendance des deux cultures.


http://livre.fnac.com/a1866274/Mohammed-Arkoun-Histoire-de-l-islam-et-des-musulmans-en-France



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PEUT-ON PARLER D’HUMANISME AUJOURD’HUI ?

Message  Invité le Mer 22 Sep 2010 - 23:32

PEUT-ON PARLER D’HUMANISME AUJOURD’HUI ?


« La haine nationale est quelque chose de singulier. Vous la trouverez toujours plus forte et plus ardente aux degrés inférieurs de la culture. Or, il est un degré au-dessus des nations, où l’on sent le bonheur et le malheur de la nation voisine comme si c’était le nôtre. Ce degré de culture répond à ma nature ».
Johann Wolfgang Von Goethe, Conversations avec Eckermann, 1830.
*********************


On s’accorde à considérer que le mouvement humaniste est parti de l’Italie au 14e siècle et a gagné progressivement toute l’Europe avec l’euphorie intellectuelle et culturelle de la Renaissance au 16e siècle. La redécouverte des langues et des cultures grecques et latines a longtemps nourri chez les écrivains, les artistes, les penseurs, les architectes des modèles d’écriture littéraire et de pensée philosophique. En France, on a enseigné les humanités dans les lycées et collèges jusqu’aux années 1950-60. Le terme humanités a été remplacé par « lettres » qui signifiait l’étude du grec et du latin à la Faculté des Lettres. Dans les années 1950-60, la licence de lettres modernes a commencé à concurrencer la licence de lettres classiques ; celle-ci a attiré de moins en moins d’étudiants à mesure que l’enseignement du grec et du latin aux lycées perdait du terrain au profit des langues et littératures européennes modernes. La France et l’Italie continuent, cependant, à se distinguer de plusieurs pays européens par la place accordée à l’enseignement de la philosophie en classe terminale. Mais aujourd’hui, on discute avec véhémence sur la façon d’enseigner cette discipline et les heures hebdomadaires qu’il convient de lui consacrer. Cette évolution vers un retrait progressif des humanités classiques, puis des « lettres » au bénéfice des sciences dites dures, est générale à travers le monde. En effet, l’appartenance au cercle des grandes puissances est conditionnée par les inventions technologiques et la croissance économique. Aux États-Unis, on n’enseigne pas la philosophie dans les lycées ; mais la recherche scientifique dite fondamentale dispose toujours de moyens considérables.

L’attitude humaniste soulève de plus en plus de critiques de la part des penseurs et chercheurs humanistes eux-mêmes. Car la pensée humaniste s’intéresse en priorité à tout ce qui touche au déploiement optimal des facultés de l’esprit humain. Cela veut dire qu’il est nécessaire de propager la connaissance scientifique de toutes les cultures et les traditions de pensée produites par les hommes au cours de l’histoire de l’humanité dans son ensemble. Or, il s’est trouvé des historiens qui ont longtemps ignoré l’humanisme d’expression arabe qui s’est développé et propagé dans tout l’espace méditerranéen entre 800 et 1300 environ, c’est-à-dire bien avant le mouvement humaniste parti d’Italie. L’attitude humaniste dans les contextes islamiques à Bagdad, Rayy (actuelle Téhéran), Ispahan, Kairouan, Cordoue, Tolède…
Cet humanisme a connu un succès exceptionnel au 10e siècle pour des raisons que l’histoire de la pensée dans l’espace méditerranéen incluant les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, doit désormais enseigner aux lycées et collèges pour montrer la continuité historique de la pensée philosophique grecque en interaction forte avec les pensées théologiques juive, chrétienne et musulmane depuis l’époque lointaine d’Alexandre le grand et plus encore quand le message de Jésus de Nazareth a été transmis en langue grecque par les Évangélistes, puis les Pères de l’Eglise syriaque, autre langue sémitique comme l’hébreu et l’arabe.

Peu d’Européens ignorent le mot si souvent cité de Térence : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Mais combien connaissent le nom d’Abû Hayyân Tawhîdî (m. 1014) et son œuvre magistrale consacrée à l’idée humaniste que « l’homme est un problème pour l’homme ». On peut parler d’une ignorance institutionnalisée en Europe humaniste à l’égard de la phase médiatrice d’un humanisme d’expression arabe développé et vécu en contextes islamiques dans ce même espace méditerranéen où s’enracinent les valeurs fondatrices de l’identité européenne. Des savants et des penseurs ont même soutenu que l’attitude humaniste s’est déployée exclusivement dans l’espace historique de l’Europe nourrie par les cultures de la Renaissance et les enseignements de la modernité laïque depuis le 16e siècle. En France, dans les années 1930, Emile Bréhier, professeur d’histoire de la philosophie à la Sorbonne, refusait la possibilité d’une « philosophie chrétienne » que défendait le médiéviste Etienne Gilson. Ce débat s’applique à la « philosophie islamique » défendue par Henry Corbin dans les années 1960, mais rejetée par d’autres historiens de la pensée islamique. Cette disputatio si féconde s’est muée aujourd’hui en polémiques stériles et en conflits répétés entre ce qu’on appelle « Islam et Occident », opposant deux mots sacs artificiellement gonflés par l’expansion ancienne et récente de deux puissants imaginaires collectifs nourris à la fois de postulats théologiques et d’interprétations idéologiques. Le religieux connaît un retour « sauvage » dans un contexte dominé le plus souvent par des ignorances tenues pour des « vérités » essentielles, voire divines. En ce qui concerne l’islam actuel, il faut rappeler qu’il est coupé depuis longtemps de l’humanisme évoqué ci-dessus. L’historien étudie les raisons et les conséquences de cette rupture.

Tous les élèves des lycées et plus largement les citoyens des démocraties avancées, doivent être initiés aux enjeux très anciens et toujours actuels de la controverse autour de l’humanisme centré sur « Dieu » et de l’humanisme centré sur l’homme. Cette initiation ne peut produire ses effets les plus positifs que si les enseignants eux-mêmes se donnent les moyens scientifiques de maîtriser l’enseignement une histoire remembrée des systèmes de pensée et des cultures qui se sont affrontés et fécondés mutuellement dans l’espace méditerranéen. Il est urgent de libérer les peuples et les cultures des divisions séculaires qui ont fragmenté cet espace en « territoire de guerre » et « territoire de paix ». Selon la théorie de l’historien belge Henri Pirenne dans son Mahomet et Charlemagne récemment réédité, la Pax romana établie par les Romains dans la Mare Nostrum aurait été rompue dès l’émergence de l’islam conquérant à partir de 632. Une lecture critique de cette thèse lancée en 1937 permettrait aujourd’hui de reposer la question humaniste en des termes nouveaux. Nos élèves doivent d’urgence être initiés à cette relecture humaniste d’un espace méditerranéen intellectuellement, spirituellement et culturellement remembré par delà tous les fondamentalismes ravageurs.


Pour plus d’informations, voir Mohammed Arkoun, L’humanisme arabe au 4e/10e siècle, 3e éd. J. Vrin 2005 ; et Humanisme et islam. Combats et Propositions, 2e éd. 2006.

Mohammed ARKOUN, Professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle


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