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LETTRE DE TAHAR BEN JELLOUN A NICOLAS SARKOZY

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LETTRE DE TAHAR BEN JELLOUN A NICOLAS SARKOZY

Message  Invité le Sam 25 Sep 2010 - 16:10

Monsieur le Président,

J'ai la chance de bénéficier de deux nationalités. Je suis marocain et français depuis 1991. Je suis heureux d'appartenir à deux pays, deux cultures, deux langues et je vis cela comme un enrichissement permanent. Depuis vos déclarations de Grenoble sur la possibilité de déchoir de la nationalité française une personne qui aurait commis un délit grave, je sens ma nationalité française quelque peu menacée, en tout cas fragilisée. Non que j'aie l'intention de tomber dans la délinquance et de troubler gravement l'ordre public, mais je vis cela comme une attaque du socle fondamental du pays, sa Constitution. Et cela, Monsieur le Président n'est pas admissible dans une démocratie, un Etat de droit comme la France qui reste malgré tout le pays des droits de l'homme, pays qui a accueilli et sauvé des centaines de milliers d'exilés politiques tout au long du siècle dernier.

Vous aviez déclaré en 2004, quand vous étiez ministre de l'intérieur qu'"à chaque délit, il doit y avoir une réponse ferme. Mais celle-ci ne peut varier selon que l'on est, sur sa carte d'identité, français ou non". Le président que vous êtes aujourd'hui contredit le ministre que vous avez été. Cela m'amène à réfléchir à la fonction qui est la vôtre et à répondre tardivement au débat qu'un de vos ministres a cru bon de lancer sur la scène publique à propos de l'identité nationale.
La nationalité est une part de l'identité. Elle peut être double, comme dans mon cas. Je ne me vois pas privé de l'une des deux. Je me sentirais diminué.

Par ailleurs, aucune société n'est raciste en soi. C'est stupide et injuste de dire que "la France est un pays raciste". La France, comme tant d'autres pays, est traversée par des tendances à l'exclusion et au racisme, parfois pour des raisons idéologiques et politiques, et d'autres fois pour des raisons de malaise social, de pauvreté et de peur. Faire l'amalgame entre insécurité et immigration est plus qu'une erreur, une faute.

Le rôle d'un dirigeant politique est de décourager, voire empêcher le développement de ces tendances. Un chef d'Etat ne doit pas réagir avec ses humeurs et ses tripes. Au contraire, il n'est pas un citoyen qui peut se permettre de dire n'importe quoi. C'est quelqu'un qui doit peser ses mots et mesurer les conséquences qu'ils peuvent générer. L'Histoire enregistre ses déclarations, les bonnes et les mauvaises, les justes et les malvenues. Votre quinquennat sera certainement marqué par quelques-unes de vos bavures langagières. N'importe quel homme insulté a le droit de réagir. Pas un chef d'Etat. Non pas qu'on soit autorisé à vous manquer de respect, mais vous devez vous situer au-delà du niveau du citoyen moyen. Vous êtes un symbole, porteur d'une fonction noble et exceptionnelle. Pour habiter cette fonction, pour consolider cette ambition, il faut savoir prendre de la hauteur et ne pas coller aux faits au point d'oublier qu'on est un citoyen d'exception.
Qu'il soit issu d'un parti défendant des valeurs de droite ou de gauche, le chef de l'Etat, parce qu'élu au suffrage universel, doit être le président de tous les Français, y compris des Français d'origine étrangère même quand le malheur casse leur destin ou les prédispose à une précarité pathogène. Or, vos récentes déclarations, dénoncées par un éditorial du New York Times et par des personnalités aussi importantes que Robert Badinter, sont le signe d'un dérapage qui, peut-être vous apporterait en 2012 certaines voix du Front national, mais vous place dans une situation difficilement défendable.


APARTHEID

Monsieur le Président, je comprends votre souci sécuritaire. Vous ne trouverez personne pour défendre des voyous qui tirent sur des agents de la police et de la gendarmerie. La justice est là pour donner "une réponse ferme" à ces délits ; ils doivent être jugés sans que leurs origines, leur religion ou leur couleur de peau soient prises en compte, sinon, on tomberait dans l'apartheid. Mais la répression ne suffit pas. Il faudra aller aux racines du mal et assainir de manière définitive la situation dramatique des banlieues.

Il est plus facile de susciter la méfiance, voire la haine de l'étranger, que le respect mutuel. Un chef d'Etat n'est pas un policier au statut amélioré. C'est un magistrat, le plus haut placé, donc celui devant être irréprochable dans sa conduite et dans ses paroles. Il est le garant de la justice et de l'Etat de droit. Quand, Monsieur le Président, vous promettez la déchéance de la nationalité aux délinquants d'origine étrangère qui porteraient atteinte à la vie d'un policier ou d'un gendarme, vous tenez un discours que la Constitution réfute. C'est une parole en l'air, car vous savez pertinemment que l'application d'une telle loi, si elle est votée, créerait plus de problèmes qu'elle n'en résoudrait. Ce n'était pas à vous de lancer cette menace.

Monsieur Le Président, vous n'êtes pas sans savoir ce que l'ONG Transparence France a écrit dans son dernier rapport. Au cas où cela vous aurait échappé, je vous cite une de ses conclusions : "La France continue de véhiculer une image relativement dégradée de sa classe politique et de son administration publique." La France est par ailleurs classée au 24e rang sur 180 pays en ce qui concerne la corruption.
La crise économique n'est pas une excuse. La crise morale est un fait. Il revient à vous, Monsieur le Président, de rétablir l'image de la France dans ce qu'elle a de plus beau, d'enviable et d'universel, à savoir son statut de pays des droits de l'homme, pays de la solidarité et de la fraternité proclamées, terre généreuse, riche de ses différences, riche de ses couleurs et de ses épices, prouvant entre autres que l'islam est tout à fait compatible avec la démocratie et la laïcité. Pour cela, Monsieur Le Président, effacez, je vous prie, de votre discours les idées malheureuses qu'un parti d'extrême droite diffuse dans le but de fermer ce pays sur lui-même, de l'isoler et de trahir ses valeurs fondamentales.

Tahar Ben Jelloun, écrivain et poète, Le monde du 4-9-2010.

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Re: LETTRE DE TAHAR BEN JELLOUN A NICOLAS SARKOZY

Message  Invité le Sam 25 Sep 2010 - 22:31

Des tas de gens essaient de le remettre un peu en place, mais ça n'a malheureusement pas l'air d'avoir beaucoup d'effet

Y a de la graine de "chef" chez cet homme, et comme tous les chefs, ils n'aiment pas être contredits.

Le problème avec lui, c'est qu'il mélange sa personne avec sa fonction présidentielle ! Pourtant la Constitution est très claire là-dessus et il n'arrête pas de sortir de ses prérogatives.
Il se prend pour "la France" !Rolling Eyes


Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne.

Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.

Nicolas Sakozy
Président de la République française.

Discours au Palais du Latran 20 décembre 2007

On aura du mal à en faire un pèlerin d'Arès de ce zig, le verset 16/01 risque d'être pour lui psychologiquement très difficile à surmonter, "chef de personne" c'est la ruine de sa vocation, et de la radicalité du sacrifice de sa vie Wink



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Re: LETTRE DE TAHAR BEN JELLOUN A NICOLAS SARKOZY

Message  Invité le Mer 29 Sep 2010 - 14:02

J'ai vaguement l'impression que toute cette politique "sécuritaire" n'est que de l'enfumage pour ne pas parler de vraies réalités ...

Mon point de vue sur ce qu'il se passe en France. En Sarkozystan devrais-je dire Rolling Eyes car nous avons un homme à la tête de l'État qui se comporte comme un Grand Timonier ! à l'écouter, pour tous les dossiers, c'est lui qui décide. Il VEUT ou il NE VEUT PAS !



Avec lui, tout est prioritaire, il se prend pour l'as du volant, il ne semble jamais être à court d'énergie, et paraît même increvable Wink

Je ne vais pas rentrer dans un débat politique, mais regardons simplement les faits, c'est à dire l'observation chiffrée de sa politique, et de celle de son prédécesseur. Après, à vous d'en tirer des conclusions.

Vous allez peut-être me dire que c'est la faute à la crise !
Non, en Sarkoland, on gagne moins en dépensant plus (et on travaille plus, pour gagner moins).
La preuve par a + b :

Déficit de l’Etat :
2007 > 42 Milliards
2008 > 41,7 M
2009 > 103,8 M
2010 > 149,2 M

Baisse des Recettes de l’État sur 4 ans, - 22,2 Milliards
Augmentation des Dépenses Publiques sur 4 ans + 85 Milliards
Augmentation du Déficit de l’État sur 3 ans : 107, 5 Milliards
Quel bilan !!!! A croire que ce gouvernement organise la faillite de l’Etat
On pourrait certes accuser l’incurie de nos gouvernants qui font exactement le contraire de ce qu’ils prétendaient faire et de ce qu’ils disent, mais la situation étant à peu de chose près identique chez nos voisins européens, qui fonctionnent sur les mêmes procédés économiques, plus que de les accuser d’incompétences, c’est toute la machinerie économique qui serait à revoir.
[c'est ICI que se situe le débat, et qui va bien sûr avec la remise en cause de TOUTE la politique européenne]

Les Dettes Publiques peuvent être vues comme un moyen de servitude moderne ... pour quels objectifs poursuivis ???

détails:
Budget 2007 (en Milliards d’€uros)
Dépenses : 334,7
Recettes : 292, 7
Déficit de l’État :42,0
Budget 2008
Dépenses : 341,4
Recettes : 299.7
Déficit de l’État :41,7
Budget 2009
Dépenses : 370,4 ... soit + 8,5 %
Recettes : 266,6 ... soit - 8,9 % (le bouclier fiscal ?????)
Déficit de l’État : 103,8 ... soit + 62,1 Milliards d’€ // 2008
Budget 2010
Dépenses : 419,7 ... soit + 13.31 %
Recettes : 270,5
Déficit de l’État : 149,2 !!!!!!! soit encore 45,4 M d’€ de + qu’en 2009


Je continue ...

Le déficit de la sécurité sociale était de 15,8 milliards de francs en 1998, soit 2,4 milliards d’€. / 9,5 milliards d’€ en 2007 / et de 12,6 milliards d’€ en 2008
Actuellement en 2009 il avoisine d'après la presse un peu plus de 23 milliards d'€

Le si fameux TROU de la SECU s'est agrandi de 10 fois en une dizaine d'années
Suspect Bravo QUI ?

Analyse:

Source : http://www.gsk.fr/avenirdelasante/fiche_pratique/financement/deficit_secu.htm

Enfin, voilà, cela ne me paraît plus très utile d'aller plus loin dans le CQFD.

J'espère qu'on ne va pas se le taper Mille Bornes ce drôle de Zig ...

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Re: LETTRE DE TAHAR BEN JELLOUN A NICOLAS SARKOZY

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