Spiritualités

Les fous de Dieu

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Les fous de Dieu

Message  Invité le Ven 5 Nov 2010 - 1:45

Les fous de Dieu ...

J'avais pensé faire un petit florilège des excentricités spirituelles ou religieuses, j'espère que l'idée vous plaira ? Elle ne me semble pas en contradiction avec les intentions de ce Forum d'appel à la vie spirituelle où enfin le croyant et l'athée pourraient réfléchir et construire ensemble.
L'Histoire en garde quelques-unes de bien notoires qui devraient nous appeler à moins d'excès.

N'hésitez pas à apporter vos contributions ...


Pas très confortable à priori, mais qui pourrait l'affirmer sans avoir essayer ?

Plus sérieusement, mais tout aussi "parlant" pour nous inviter à la fois à modération et à dénoncer toutes formes de stoïcisme, d'ascèse, de mortifications et privations inutiles, une fable de Jean de la Fontaine:

Le Philosophe Scythe


Un philosophe austère, et né dans la Scythie,
Se proposant de suivre une plus douce vie,
Voyagea chez les Grecs, et vit en certains lieux
Un sage assez semblable au vieillard de Virgile,
Homme égalant les rois, homme approchant des dieux,
Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille.

Son bonheur consistait aux beautés d'un jardin.
Le Scythe l'y trouva, qui la serpe à la main,
De ses arbres à fruits retranchait l'inutile,
Ébranchait, émondait, ôtait ceci, cela,
Corrigeant partout la nature,
Excessive à payer ses soins avec usure.

Le Scythe alors lui demanda
Pourquoi cette ruine ? Était-il d'homme sage
De mutiler ainsi ces pauvres habitants ?
"Quitter moi votre serpe, instrument de dommage ;
Laissez agir la faux du temps :
Ils iront assez tôt border le noir rivage *.

- J'ôte le superflu, dit l'autre, et, l'abattant,
Le reste en profite d'autant."

Le Scythe, retourné dans sa triste demeure,
Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure ;
Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis
Un universel abatis.
Il ôte de chez lui les branches les plus belles,
Il tronque son verger contre toute raison,
Sans observer temps ni saison,
Lunes ni vieilles ni nouvelles.
Tout languit et tout meurt. Ce Scythe exprime bien
Un indiscret ** stoïcien.
Celui-ci retranche de l'âme
Désirs et passions, le bon et le mauvais,
Jusqu'aux plus innocents souhaits.
Contre de telles gens, quant à moi, je réclame.
Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort :
Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.


JEAN DE LA FONTAINE
Livre 12, fable 20

* Les Enfers
** dépourvu de discernement

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