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Les pharisiens

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20062012

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Les pharisiens




Les pharisiens

Ils viennent du milieu des scribes. Ils ont une influence dans toute la Palestine et dans la diaspora. Ils pratiquent la méditation et respectent scrupuleusement la Loi. La multiplication des observances rend leur pratique très rigide et très formaliste. Ils croient à la résurrection. Ils sont réservés par rapport aux Romains et rêvent à leur libération.

A l'époque de Jésus les pharisiens se divisent en deux groupes sous l'influence de deux écoles.
-Il y a une école très rigoriste, celle de Schammaï.
-La deuxième, celle de Hillel est plus ouverte. Ce sont les disciples de ces deux maitres que nous retrouvons sur les places et dans les campagnes à enseigner publiquement comme Jésus le faisait. En fait Jésus et les Pharisiens se rencontraient sur le terrain, c'est ce qui explique leur rivalité qui était plus de forme que de fond.

Hillel était un pharisien qui vivait une trentaine d'année avant Jésus, sous Hérode le Grand. On remarque dans l'enseignement de Jésus quelque parenté avec celui de Hillel.
Un jour il répondit à un païen qui voulait se convertir et qui voulait connaître toute la Loi :
« Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu'il te fit ; voilà toute la Loi ; le reste n'en est qu'une application et une conséquence. »
Il disait encore :
« Eloigne-toi du siège qu'on t'offre à deux ou trois places de distance, et attends qu'on te dise : monte, monte, mais ne monte pas, car on te fera redescendre, et il vaut mieux qu'on te dise : monte, monte, que : descends, descends, »

Comme Jésus, il n'admettait pas la répudiation arbitraire de la femme, sauf pour raison d'adultère.
Pour autant, il était très légaliste, ne disait-il pas aussi :
« L'étude de la Loi tient lieu de tout le reste ».
Parfois même il ne se montrait pas plus ouvert que ses collègues pharisiens sensés être plus rigoristes que lui.
On ne trouve pas chez lui cette dimension d'humanisme universel qu'on trouvera chez Jésus.
Pour Hillel, le prochain est un Juif. L'amour du prochain n'implique pas l'amour de l'ennemi.

Jésus était incontestablement plus proche d'eux que des Saducéens et même que des Esséniens dont il ne partage pas la vie austère, même s'il semble parfois avoir été influencé par leur idées.
Alors que les Esséniens rejettent les Pharisiens sous prétexte d'enseignements trompeurs, Jésus dit au contraire de suivre leur enseignement mais de ne pas faire comme ils font Mt (24-2,3). Il leur reproche de ne pas pratiquer ce qu'ils enseignent.
Jésus leur reproche surtout de s'attacher plus à la forme qu'au fond, essentiel à ses yeux.
« La Sabbat a été fait pour l'homme et non le contraire »  dit-il en substance.

D'ailleurs jésus n'est jamais entré en conflit avec eux sur des points fondamentaux de la Loi de Moïse ou sur l'enseignement des prophètes. Comme eux, il cite les Écritures. Il ne dit jamais que leur enseignement est faux. C'est sur leur rigorisme et leur hypocrisie qu'il les attaque, sur l'application et la relativité des règles formelles qui finissent par dénaturer la Loi. Jésus le dit, il n'a pas l'intention d'abolir la Loi. Il est venu la parfaire. En faire l'outil de l'accès au Royaume de Dieu , pas une fin en soi.

Jésus et les pharisiens se côtoient en permanence sur le terrain. Il n'est donc pas exclus qu'ils cherchaient à le prendre en défaut, lui qui faisait tant de prodiges et qui les critiquait si fort. Incontestablement Jésus leur faisait de l'ombre.
Mais ils ne furent surement pas les ennemis intraitables que l'histoire a retenu.
Pourtant on sait que les Pharisiens pouvaient être très violents et notamment contre les Esséniens comme en témoignent les Manuscrits de la Mer Morte.
En réalité, Jésus et les pharisiens avaient sans doute beaucoup de points communs, car contrairement aux Saducéens, ils croient à la résurrection. Très vite certains pharisiens reconnaitront le messianisme de Jésus et c'est certainement parmi les Pharisiens qu'on trouve les premiers sympathisants. Ainsi Nicodème ou Joseph d'Arimathie.

Plus tard, après la mort de Jésus, les Pharisiens semblent avoir été assez conciliants avec les juifs disciples de Jésus restés fidèles à la Loi et rassemblés autour de Jacques, chef de la communauté de Jérusalem.
En revanche ils deviendront vite hostiles à la communauté venant du paganisme, à cause justement de leur prise de distance avec la Loi et la tradition.
Seul, l'évangéliste Jean qui n'est pas toujours rigoureux sur le plan de la vérité historique, présente les Pharisiens comme étant les responsables de l'arrestation de Jésus( jean, 18-3), alors que les synoptiques n'en parlent pas.

Lorsque Pierre et Jean sont arrêtés et comparaissent devant le Sanhédrin (Actes 4, 3-23), ils sont relâchés et c'est sans doute grâce aux membres pharisiens de cette Assemblée.
On a la preuve, un peu plus tard, que les membres du Sanhédrin étaient tolérants vis à vis des juifs restés pieux et beaucoup moins vis à vis de ceux qui les critiquaient surtout quand ils venaient du milieu païen.
Ainsi, lorsqu'une nouvelle fois Pierre et d'autres disciples furent arrêtés, ils furent défendus par le petit-fils de Hillel : Rabban Gamaliel, contre le Grand prêtre saducéen quand celui-ci voulut les persécuter (Actes, 5-17,42), alors qu' Étienne venant du milieu helléniste fut lapidé vers les années 32. Nous y reviendrons.

Pour illustrer une nouvelle fois que les pharisiens n'étaient pas tous foncièrement opposés au mouvement de Jésus, évoquons cette histoire racontée par flavius Josèphe.
Il relate, qu’après la mort du procurateur Festus en attendant son remplacement par Albinus, il y eu en 62, une vacance de l’autorité romaine en Judée. Le Grand Prêtre Anne en profita pour faire condamner à mort Jacques le juste et quelques autres chrétiens, par le Sanhédrin.
Dès que Albinus pris ses fonctions, des pharisiens probablement membres du Sanhédrin, protestèrent auprès de lui. Le grand prêtre Anne fut alors déposé.
La destitution du grand prêtre représentait un acte important. Il fallait vraiment prouver ses griefs contre lui. On doit donc admettre que cette démarche d'accusation d'illicité contre le grand prêtre pour défendre un groupe qui ne devait pas être très populaire à l'époque prouve que les Pharisiens avaient de la considération vis à vis des disciples de Jésus au moins tant que ceux-ci restèrent juifs.
Les Pharisiens ont certainement été contre les saducéens quand ils livrèrent Jésus au pouvoir occupant. Par principe, ils ne collaboraient pas avec le pouvoir romain surtout s'il s'agissait de leur livrer un Juif. C'est pour cela que le témoignage de Jean est peu crédible.

Pour finir c'est en 66 que débute la guerre contre les Romains. En 70 Jérusalem tombe et le Temple est détruit.
Après 70, les pharisiens restent le seul mouvement typiquement judaïque. D'autres groupes juifs reconnaissant Jésus sortiront pour un temps de cette tourmente aussi. Ils seront éliminés plus tard par un empire romain devenu chrétien.

Beaucoup de juifs partent plus ou moins loin en exil. Les Saducéens, les Zélotes, les Esséniens disparaissent. Alors les pharisiens prennent le contrôle des synagogues et y transfèrent le culte du Temple. A coté de la Torah écrite existe une interprétation sorte de Torah orale qui après le nouveau désastre de 135 sera mise par écrit par Judah, un rabbin reconnu pour la sainteté de sa vie. Toute la loi écrite et orale sera ainsi regroupée dans le même ouvrage : le Talmud
.

pat

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Les pharisiens :: Commentaires

Message le Mer 20 Juin 2012 - 22:19  Invité

merci Pat pour cette histoire qui est très instructive.
tu dis que les Pharisiens croyaient à la résurrection mais peux tu préciser ?
était ce la résurrection à la fin des temps ?

Patrick

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Message le Ven 22 Juin 2012 - 11:01  navy


Merçi pour ce texte et ses explications, tu es sur de tes sources ?
Cette période, la palestine du temps de Jésus, est une période troublée, nous ne savons même pas la date de naissance ni l'origine de Jésus.
Jésus était un homme qui se prenait pour Dieu Very Happy ? non il se prenait pour le representant exclusif de Dieu sur la Terre, ce qui est un peu du même ordre d'idée Smile
Pour autant il ne s'était jamais donné de titres messianiques comme" Fils de David" ou " Le Messie". Il s' identifiait avec "le Fils de l'Homme". Le nom trés en vogue à cette époque de " Fils de l'Homme” est porté par un mystérieux personnage du Livre de Daniel.
donc tu vois cette époque est troublée.

On peut dire que les Pharisiens (qu'on a toujours tendance à confondre avec les saducéens) étaient Le Peuple. Alors que les Saducéens étaient les aristocrates, les prêtres, les élites. Les Pharisiens pratiquent la méditation et respectent scrupuleusement la Loi, c'est normal car voyant que tout cela risquait d'être perdu, ils essayaient de sauver ce qui pouvait encore l'étre.

Yabné :
Nous sommes à Jérusalem en 66. La Palestine est occupée par les Romains . La révolte gronde, emmenée par les sicaires et les zélotes. L’Empereur Néron charge le général Vespasien de mater la rébellion. Il demande aux habitants de se rendre en leur promettant la vie sauve et qu’il ne détruira pas le Temple. Les révoltés refusent. Mais Rabbi Yohanan ben Zaccaï un vieux sage, comprend que cette attitude est suicidaire. Alors il demande à ses disciples de l’enfermer dans un cercueil et ainsi de sortir de Jérusalem, car seuls les morts y étaient autorisés. Il rencontre Vespasien et celui-ci accède au souhait du Rabbi de créer une école à Yabné pour en faire un centre d’étude spirituel.
Ainsi les historiens situent à cet épisode la naissance du judaïsme rabbinique.


A l'époque de Jésus les pharisiens se divisent en deux groupes sous l'influence de deux écoles.
-Il y a une école très rigoriste, celle de Schammaï.
-La deuxième, celle de Hillel est plus ouverte.
je ne savais pas. Je croyais que Hillel, qui par contre est trés connu, etait antérieur à l'époque de jésus.

Pour autant, il était très légaliste (Hillel), ne disait-il pas aussi :
« L'étude de la Loi tient lieu de tout le reste ».
Parfois même il ne se montrait pas plus ouvert que ses collègues pharisiens sensés être plus rigoristes que lui.
On ne trouve pas chez lui cette dimension d'humanisme universel qu'on trouvera chez Jésus.
Pour Hillel, le prochain est un Juif. L'amour du prochain n'implique pas l'amour de l'ennemi.
Je ne comprend pas, pourquoi puisque "ses collègues pharisiens sensés être plus rigoristes que lui" puisque tu dis qu'il était pharisien. ?
quand tu dis « L'étude de la Loi tient lieu de tout le reste » il faut relativiser, tu as une vision influencée par ta foi chrétienne et c'est normal. Il ne faut pas voir la Loi comme quelque chose de trés rigoriste, la Loi etait et est toujours le nom qu'on donne à la Thora, c'est un peu comme s'il disait " l'étude de la Bible tient lieu de tout le reste ".
Il n'y avait à cette époque que 2 sources de savoir: 1/ la Thora
et 2/ La Philosophie grecque
les 2 langues sacrées utilisées dans le temple étaient le grec et l'hébreu.
aprés la destruction du temple et la dispersion c'était seulement l'hébreu.

navy

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Message le Ven 22 Juin 2012 - 16:31  pat

D'abord une réponse à Patrick,

Les Esséniens et les Pharisiens croyaient à la Résurrection des âmes à la manière dont le philosophe Platon traite de l'immortalité de l'âme dans le Phédon.
On le sait par différentes sources et notamment par les actes des apôtres :
Lorsque Paul comparait devant l'assemblée du Sanhédrins qui est composée je le rappelle, de l'élite sadducéenne et pharisienne, il leur suggère que étant lui-même pharisien, il n'est pas surprenant qu'il croit en la résurrection de Jésus. Sachant qu'il y avait des pharisiens dans l'assemblée, il ne manque pas de les diviser sur ce sujet :

"...l'assemblée se divisa. Les Sadducéens disent en effet, qu'il n'y a ni résurrection, ni ange, ni esprit, tandis que les pharisiens professent l'une et l'autre. Il se fit donc une grande clameur. Quelques scribes du parti des pharisiens se levèrent et protestèrent énergiquement : » Nous ne trouvons rien de mal en cet homme. Et si un esprit lui avait parlé , ou un ange ? " (Actes 23- 6,Cool.

Comme les pharisiens, jésus croyait en la résurrection puisque après la Transfiguration, Jésus défendit à ses apôtres d'en parler avant qu'il ne soit ressuscité d'entre les morts
"Ils gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait : ressusciter d'entre les morts." . (Marc 9-9,10).

Cette croyance ne devait pas faire l'unanimité parmi les juifs puisque ici les apôtres peut-être moins instruits que Jésus, ne savent pas quoi en penser
Jésus emploie même l'expression de fils de la résurrection pour nommer ceux de « l'autre monde »

« Ils sont pareils aux anges et ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection «  (Luc 20-36)

Voici un passage "Antiquités judaïques" de Flavius Josèphe traduit par Julien Weill (livre 18). on a bien confirmation, ici, par une autre source que les Pharisiens croyaient à l'immortalité de l'âme.
.
" Les Pharisiens méprisent les commodités de la vie, sans rien accorder à la mollesse ; ce que leur raison a reconnu et transmis comme bon, ils s'imposent de s'y conformer et de lutter pour observer ce qu'elle a voulu leur dicter. Ils réservent les honneurs à ceux qui sont avancés en âge et n'osent pas contredire avec arrogance leurs avis. Ils croient que tout a lieu par l'effet de la fatalité, mais ne privent pourtant pas la volonté humaine de toute emprise sur eux, car ils pensent que Dieu a tempéré les décisions de la fatalité par la volonté de l'homme pour que celui-ci se dirige vers la vertu ou vers le vice. Ils croient à l'immortalité de l'âme et à des récompenses et des peines décernées sous terre à ceux qui, pendant leur vie, ont pratiqué la vertu ou le vice, ces derniers étant voués à une prison éternelle pendant que les premiers ont la faculté de ressusciter. C'est ce qui leur donne tant de crédit auprès du peuple que toutes les prières à Dieu et tous les sacrifices se règlent d'après leurs interprétations. Leurs grandes vertus ont été attestées par les villes, rendant hommage à leur effort vers le bien tant dans leur genre de vie que dans leurs doctrines. "






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Message le Ven 22 Juin 2012 - 16:40  pat

Navy,

Merçi pour ce texte et ses explications, tu es sur de tes sources ?
Je citerai mes sources dans un mail à part
Cette période, la palestine du temps de Jésus, est une période troublée, nous ne savons même pas la date de naissance ni l'origine de Jésus.
Nous verrons cela ultérieurement et nous verrons aussi comment Jésus se considérait, comment ses apôtres le considéraient et comment le groupes de la grande église a fini par le considérer.

Hillel est, en effet, d'une trentaine d'année antérieur à Jésus.



Je ne comprend pas, pourquoi puisque "ses collègues pharisiens sensés être plus rigoristes que lui" puisque tu dis qu'il était pharisien. ?
Ses collègues de l'autre école, celle de Schammaï.
Comme dans tout groupe, il y a des tendances différentes qui pour autant appartiennent au même groupe. Cela va de la tendance la plus libérale à la plus conservatrice. Hillel sensé être libéral ne l'était parfois pas davantage que ceux du groupe de Schammaï, qui était plus conservateur. Et pourtant les deux groupes appartiennent aux pharisianisme.

quand tu dis « L'étude de la Loi tient lieu de tout le reste ».
Ce n'est pas moi qui dit cela et la foi chrétienne que je n'ai pas n'a rien à voir là dedans.. Je cite une parole de Hillel.

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