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06092018
Le Royaume des cieux est en vous   1893
de Léon Tolstoï


Cet ouvrage de Léon Tolstoï (1828-1910), censuré en Russie dès sa parution en 1893 et réédité ici pour la première fois depuis plus d’un siècle, est le maître-livre qui influença de manière décisive Gandhi, alors jeune avocat en Afrique du Sud.
Dans ce pamphlet virulent contre les États et les institutions de la violence, le grand écrivain de la terre russe dénonce la trahison des Églises, coupables à ses yeux de renier le « véritable christianisme ». Il martèle sa foi inébranlable en la non-violence et invite ses contemporains à faire le choix de l’insoumission plutôt que de se rendre complices de l’injustice.
Cet écrit, publié l’année du centenaire de la mort de Tolstoï, est prolongé par sa correspondance complète avec Gandhi, parue pour la première fois en 1993 dans la revue Alternatives non-violentes.



Dernière édition par navy le Jeu 6 Sep 2018 - 10:33, édité 1 fois
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Commentaires

.... censuré en Russie dès sa parution en 1893

On comprend pourquoi Shocked
EXTRAIT

J’accuse, dans mon livre, les docteurs de l’Église d’enseigner une doctrine contraire aux préceptes du Christ, clairement formulés dans le Sermon sur la Montagne, et contraire surtout au commandement de la résistance au mal par la non-violence, et d’ôter par ce fait à la doctrine du Christ toute sa portée.
 
Les théologiens ont admis le Sermon sur la Montagne ainsi que le commandement de la non-violence comme des révélations divines. Pourquoi donc, puisqu’ils se sont déjà décidés à discuter mon livre, ne répondent-ils pas avant tout au point principal de l’accusation ? Ils devraient dire franchement s’ils reconnaissent ou ne reconnaissent pas comme obligatoire pour les chrétiens la doctrine du Sermon sur la Montagne et le commandement de la non-violence. Au lieu de répondre comme ils le font trop souvent, que, d’une part, on ne peut certes pas nier, mais que, d’autre part, on ne peut certes pas affirmer… d’autant plus que…etc., ils devraient répondre nettement, comme est posée la question dans mon livre. Le Christ demandait-il réellement à ses disciples de se conformer aux préceptes du Sermon sur la Montagne ? Par conséquent, le chrétien peut-il ou ne peut-il pas participer à la justice, soit comme juge, soit même comme plaignant, ce qui constitue un recours à la violence ? Peut-il ou ne peut-il pas, en demeurant chrétien, participer à l’administration, c’est-à-dire employer la violence contre ses semblables ? Et enfin – question plus importante et qui, avec le service militaire universel, intéresse tout le monde aujourd’hui – le chrétien peut-il, contrairement à l’indication très nette du Christ, servir dans l’armée et commettre ainsi le meurtre ou s’y préparer ?
 
Ces questions sont posées clairement et franchement ; elles sembleraient appeler des réponses aussi claires et aussi franches. Mais on ne trouve rien de semblable dans toutes les critiques que mon livre a provoquées, pas plus d’ailleurs que dans toutes celles qui ont répondu aux écrits rappelant les docteurs de l’Église aux véritables prescriptions de l’Évangile, écrits dont l’histoire est pleine depuis l’époque de Constantin. à l’occasion de mon livre, on m’a reproché la fausse interprétation de tel ou tel passage de l’Écriture ; parce que je ne reconnais pas la Trinité, la Rédemption et l’immortalité de l’âme, on a parlé de mon égarement. On a parlé de beaucoup de choses, mais point de celle qui constitue pour tout chrétien la principale, la plus essentielle question de la vie : comment concilier la doctrine nettement exprimée par le Maître et contenue dans le cœur de chacun de nous – pardon, humilité, patience, amour de tous, amis ou ennemis – avec l’exigence de la guerre et de ses violences contre nos concitoyens ou l’étranger ?
 
Les semblants de réponse faits à cette question peuvent se grouper en cinq catégories. Dans la première, la plus grossière, il est affirmé hardiment que la violence n’est pas en contradiction avec la doctrine du Christ ; qu’elle est autorisée et même ordonnée par l’Ancien et le Nouveau Testament. Il est inutile de réfuter une pareille thèse parce que ceux qui la défendent se réfutent eux-mêmes. Si tout le monde savait que l’Église reconnaît un Christ vengeur, implacable et guerrier, personne ne serait partisan de cette Église, et personne n’en défendrait les doctrines.
 
Dans la deuxième catégorie, un peu moins grossière, on reconnaît que le Christ enseignait, il est vrai, de tendre la joue et de donner son vêtement, et que c’est là une bien haute morale ; mais… comme il existe sur la terre une foule de malfaiteurs, on doit les tenir en respect par la violence, sous peine de voir les bons, et le monde entier, périr. Cet argument est sans valeur car en supposant qu’il fût possible de distinguer sûrement le malfaiteur de celui qui ne l’est pas, on ne pourrait l’emprisonner, le torturer ou l’exécuter dans une société chrétienne, parce qu’il ne s’y trouverait personne pour accomplir ces actes, puisque toute violence est interdite au chrétien.
 
Le troisième moyen de répondre, plus subtil que les précédents, consiste dans l’affirmation que le précepte de la non-violence est bien obligatoire pour le chrétien, mais seulement lorsque le mal ne menace que lui. Il cesse d’être une obligation lorsque le mal est dirigé contre ses semblables. Dans ce cas, non seulement le chrétien n’a pas à se conformer au précepte, mais il doit, au contraire, s’opposer à la violence par la violence. Cette affirmation est absolument arbitraire, et il est impossible d’en trouver la confirmation dans toute la doctrine du Christ. Cette interprétation fait plus que restreindre le précepte ; elle en est la négation absolue. Lorsque Pierre tente d’opposer la violence à la violence dirigée contre son maître divin et adoré, le Christ le lui interdit en disant : « Celui qui frappe par le glaive périra par le glaive. »
 
La quatrième catégorie de réponses, plus subtiles encore, consiste à affirmer que le précepte de la résistance au mal par la non-violence, loin d’être nié, est au contraire formellement reconnu comme tous les autres ; que seulement on ne doit pas lui attribuer une signification absolue, comme le font les sectaires. En faire une condition sine qua non de la vie chrétienne, c’est du sectarisme borné. Ce précepte n’a ni plus ni moins de portée que tous les autres, et l’homme qui enfreint, à cause de sa faiblesse, n’importe quel commandement, y compris celui de la non-violence, ne cesse pas d’être chrétien s’il a la foi. Cette ruse est très habile, et bien des gens qui désirent être trompés y succombent facilement. Elle consiste à transformer la négation consciente du précepte en une infraction occasionnelle. Mais il suffit de comparer l’attitude des ministres de l’Église vis-à-vis de ce précepte, et leur attitude vis-à-vis de ceux qu’ils reconnaissent réellement, pour se convaincre de la différence qu’ils en font.
 
Ils reconnaissent réellement, par exemple, le précepte contre la luxure ; aussi, jamais, dans aucun cas, ils n’admettent que la luxure ne soit pas un mal ; jamais ils n’indiquent de cas où le précepte contre l’adultère pourrait être enfreint, et ils enseignent toujours qu’on doit éviter les tentations de la luxure. Rien de pareil pour le précepte de la non-violence. Tous les prêtres reconnaissent des cas où ce précepte peut être violé, et c’est dans ce sens qu’ils enseignent. Et non seulement ils n’enseignent pas d’éviter les tentations, dont la principale est le serment, mais ils le prononcent eux-mêmes. Dans aucun cas, ils n’approuvent la violence d’aucun autre commandement ; tandis que pour la non résistance au mal par la violence, ils professent ouvertement qu’il ne faut pas prendre cette interdiction trop à la lettre ; qu’il ne faut pas toujours s’y conformer, et qu’il y a même des circonstances, des situations qui exigent juste le contraire, c’est-à-dire où l’on doit juger, guerroyer, exécuter. De sorte que, lorsqu’il est question du précepte de la non-violence, c’est pour enseigner, le plus souvent comment on doit ne pas s’y conformer. L’observance de ce précepte est, disent-ils, fort difficile ; c’est l’apanage de la perfection. Comment ne serait-il pas difficile à observer, en effet, puisque sa violation, loin d’être réprouvée, est, au contraire, encouragée ; puisqu’on bénit ouvertement les tribunaux, les prisons, les canons, les fusils, l’armée, les combats. Il n’est donc pas vrai que ce commandement soit reconnu comme les autres par les ministres de l’Église. Ils ne le reconnaissent pas, tout simplement, mais, n’osant en convenir, ils cherchent à dissimuler cette manière de voir.
 
Le cinquième moyen, le plus habile, le plus employé et le plus puissant, consiste à éviter de répondre, à feindre de considérer cette question comme déjà résolue depuis longtemps et de la façon la plus nette et la plus satisfaisante, de telle sorte qu’il n’y ait plus à en parler. Ce moyen est employé par tous les écrivains religieux trop instruits pour méconnaître les lois de la logique. Sachant qu’il est impossible d’expliquer la contradiction qui existe entre la doctrine du Christ, que nous professons en paroles, et tout notre ordre social, et qu’en en parlant on ne peut que la rendre plus évidente, ils tournent la difficulté avec plus ou moins d’habileté en ayant l’air de croire que la question de la conciliation de la doctrine chrétienne avec la violence est déjà résolue ou n’existe pas.
 
Les critiques étrangers laïques m’ont fait sentir, d’une manière très délicate et sans m’offenser, que je n’ai pu supposer l’humanité capable de se conformer à la doctrine naïve du Sermon sur la Montagne que grâce à mon manque de savoir, à mon ignorance de l’histoire et de toutes les vaines tentatives faites dans le passé pour mettre en pratique dans la vie les principes de cette doctrine. Ils m’ont fait comprendre que je méconnaissais le haut degré de civilisation auquel sont parvenues aujourd’hui les nations européennes, avec les canons Krupp, la poudre sans fumée, la colonisation de l’Afrique, l’administration de l’Irlande, le parlement, le journalisme, les grèves, les constitutions, la tour Eiffel.
 
Les jugements de tous les critiques, russes ou étrangers, malgré la différence de ton et de forme, aboutissent en somme au même malentendu étrange, à savoir que la doctrine du Christ, dont l’un des principes est la non-violence, n’est pas possible pour nous, parce qu’elle nous obligerait à changer toute notre vie. En d’autres termes, si nous avions commencé par vivre bien, comme le Christ nous l’enseigne, nous n’aurions pas pu continuer en vivant mal comme nous le faisons et comme nous y sommes habitués. Quant à la question de la non-violence, non seulement elle ne peut se raisonner, mais le seul fait d’une telle prescription dans l’Évangile est déjà une preuve suffisante de l’impossibilité de toute la doctrine.
 
Et cependant il semble nécessaire de donner une solution à cette question, car elle est à la base de tout notre ordre social.
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