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La liberté de conscience des femmes

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La liberté de conscience des femmes

Message  Invité le Jeu 13 Mai 2010 - 0:25

Rappel du premier message :

Ce magnifique texte a été mis en ligne sur le Blog de Jean Bauberot

« Pour une laïcité respectueuse de la liberté de conscience, même de celle des femmes »,

par
Valentine Zuber, Maître de Conférences à l’Ecole Pratique des Hautes Études, chaire de Sociologie des religions et de la laicité », 2 mars 2010.


Je voudrais réagir à la mise en cause par Max Chaleil de certains protestants qui renieraient selon lui le combat en faveur de la liberté et de la laïcité porté par leurs ancêtres depuis le XVIe siècle. En éludant le problème de la burqa ils mettraient, ce faisant, « les femmes, la religion et la démocratie » en grave danger.

Sans m’appesantir plus que cela sur le formidable et très contestable raccourci historique qui est devenu un véritable lieu commun de la mythologie bien pensante des protestants français, je crois au contraire que c’est le genre de raisonnement tenu par Max Chaleil qui est potentiellement porteur d’atteintes graves à la laïcité et à la liberté individuelle, et en particulier celles des femmes.


En tant qu’historienne de la laïcité, je voudrais rappeler que la laïcité française (d’inspiration protestante ou non) ne s’est parée du discours féministe que depuis très peu d’années.

D’un point de vue historique, on peut même dire que le processus de laïcisation français s’est presqu’entièrement déroulé à l’insu du développement du droit des femmes. C’est ainsi que l’universalisme abstrait défendu dès la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, prétendait parler de l’homme en tant qu’être humain alors qu’en fait il ne s’adressait véritablement qu’à l’homme, en tant que représentant du genre masculin.
Et s’il est vrai que si la Révolution a bien accordé certains droits civils aux femmes, elle ne leur a rien lâché en ce qui concerne leurs droits politiques. On a longtemps appris sur les bancs de l’école publique française que l’instauration du suffrage universel datait en France de la Révolution de1848, sans jamais préciser qu’il s’agissait d’un « universel » uniquement masculin…

La France a d’ailleurs accordé extrêmement tardivement le droit de vote aux femmes (1944-45), bien après des pays comme le Danemark ou le Royaume-Uni (1915), la Belgique (1920) ou même la Turquie (1934).
Il faut dire que dans le contexte du conflit des deux France, entre Républicains et Catholiques, les femmes étaient considérées comme étant des alliées inconditionnelles de la France cléricale et donc politiquement soumises au parti de la réaction.

Ce stéréotype a longtemps perduré et la laïcité française s’est partiellement construite sur la mise à l’écart de la moitié de la population, celle jugée politiquement peu sûre. La laïcité française n’a donc en aucun cas été le garant d’avancées féministes pendant la plus longue partie de son histoire en France.


Le discours semble avoir changé depuis la fin des années soixante-dix. Et la militance féministe s’est récemment emparée de l’étendard de la laïcité. Une partie d’entre elle l’a fait en défendant le refus de l’ouverture de l’école publique aux filles voilées pour tenter de les détacher de leurs mentors.
En dépit des bruyantes proclamations en faveur de l’émancipation de toutes les femmes, il ne me paraît cependant pas que le discours de type laïque antiféministe ait vraiment disparu du paysage.
Et certaines féministes républicaines s’en sont paradoxalement faites les courroies de transmission. Lors des grandes consultations sur la laïcité (comme lors de la commission Stasi de 2003), les jeunes filles intéressées n’ont pas ou très peu été entendues par les experts.
Et le discours sur l’émancipation nécessaire et volontariste que la République devrait aux « faibles femmes » musulmanes menacées par leur mari, frère ou père, rappelle bien souvent les discours paternalistes et machistes des Républicains de la fin du XIXesiècle qui mettaient en cause les qualités physiologiques et morales de ces premières « faibles femmes » alors sous l’emprise de leurs émotions hystériques et de leurs curés.


A cause de ses impensés paternalistes et idéologiques, le discours féministe républicain, dominant dans les médias en France, s’est donc inscrit à contre-courant de celui du féminisme anglo-saxon ou du féminisme musulman naissant qui prônent d’abord la liberté accordée aux femmes dans leur choix de vie plutôt qu’une libération imposée de l’extérieur par l’Etat aux individus.

Discours idéologique, et donc par cela aussi peu laïque que possible, le féminisme républicain continue de réclamer une politique coercitive contre certaines femmes au nom de leur liberté, là où la laïcité prône le respect et la liberté d’expression et de croyance pour tous les individus considérés comme adultes et responsables.


Une féministe républicaine comme Elizabeth Badinter a pu ainsi proclamer sans sourciller devant la récente Mission parlementaire sur le port du voile intégral que la liberté de conscience ne pouvait pas être complètement respectée en France puisque l’Etat combattait les sectes, auxquelles elle a immédiatement assimilé le mouvement salafiste prônant le port du voile intégral par les femmes[1].


Ce qui se joue en effet dans ce débat, c’est l’opposition culturelle centenaire entre deux conceptions antithétiques de la liberté individuelle en matière de religion : une conception de la liberté de type libérale qui fait de la conscience individuelle un absolu et une conception de la liberté de penser qui, en se voulant « émancipatrice », s’arroge le droit de limiter la liberté de conscience de certains individus sous le prétexte qu’ils sont aliénés et incapables de se défendre.

M. Chaleil consacre un long paragraphe dans lequel il s’imagine dans l’esprit d’une femme voilée (!!!) pour démontrer que celle-ci n’aurait aucunement « la possibilité de décider par elle-même… ».
Que sait donc l’homme blanc chrétien occidental qu’il est de la psychologie de la femme, en particulier musulmane ?
Quand donc tous ces « défenseurs des femmes » les prendront enfin comme des individus à part entière, responsables et majeures politiquement ?
Les laisserons-nous s'exprimer à leur manière sans toujours chercher à déprécier leurs arguments, tirés d’une raison agissante qui vaut bien la nôtre ?


Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui comme hier, ce sont les femmes qui sont l’objet (et la cible) de ce discours républicain soi-disant émancipateur.
La figure stéréotypée de la femme musulmane voilée comme prototype de la victime a été popularisée par le grand débat politico-médiatique pour être ensuite instrumentalisée par le discours des féministes républicaines dont le mouvement « Ni putes ni soumises », complètement récupéré par le monde politique et non représentatif, s’est fait le porte-voix.
Mais les musulmanes mises en cause ne se sont généralement pas reconnues dans ce discours et ont commencé à réagir, en se réclamant elles aussi, de la laïcité de l’Etat comme garante de leur liberté religieuse.

On entrevoit depuis quelques années maintenant l’émergence d’un discours féministe musulman qui entretient des rapports à la laïcité à la fois moins passionnels que les précédents et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, plus sécularisés.
La candidature récente aux élection régionales de la jeune femme s’affichant ouvertement de convictions musulmanes du NPA en est un écho instructif. Bizarrement, ce discours a de la peine à se faire entendre et disparaît trop souvent sous les cris indignés de ceux qui ont le pouvoir, en particulier celui des mots.
La relecture particulièrement partisane que M. Chaleil fait de l’analyse sociologique du phénomène du voile intégral proposée par Jean Baubérot en est une illustration saisissante.

Trop souvent en effet, les médias continuent à préférer diffuser les tribunes d’indignations bien pensantes des intellectuels bourgeois désemparés devant les manifestations ostensibles d’une certaine identité musulmane qui se considère comme depuis trop longtemps bafouée par la culture dominante.
Et ils ne veulent pas prendre en compte les tentatives d’explication (qui ne sont en aucune manière des approbations) de ceux qui veulent éclairer les termes et les raisons socio-culturelles de ce débat en cours dans la plupart des grandes démocraties.

Les « affaires du voile islamique » successives et la récente polémique sur le port du voile intégral ainsi que le calamiteux débat sur l’identité nationale ont progressivement islamisé les termes du débat.
C’est un moment de recomposition culturelle particulièrement important que nous vivons actuellement et qui met singulièrement à l’épreuve la volonté de maintenir un débat réellement démocratique et laïque dans les pays qui s’en réclament.
En ne cessant de demander des lois, certains voudraient construire artificiellement des murs qui, comme tous les murs, ne sont jamais assez hauts pour endiguer la contestation de ceux qui se sentent écartés du débat public et niés dans leurs singularités individuelles.

Je crois au contraire que le principe de la laïcité française tel qu’il est magnifiquement exposé dans le premier article de la loi de séparation de 1905 [2] est assez solide par lui-même pour n’avoir pas besoin de se voir préciser (et limiter) par des lois particulières et de circonstance.
Je veux croire à une laïcité moderne à la fois féministe et respectueuse de la liberté d’expression de tous les individus, qu’ils soient de genres masculin ou de genre féminin.
Et je veux défendre encore une fois l’inaliénabilité de la conscience en appelant au respect absolu de celle-ci, en tant que femme, chrétienne protestante, viscéralement attachée au principe démocratique et à la laïcité de l’espace et du discours publics.

VALENTINE ZUBER

[1] Rapport d’information au nom de la Mission d’information sur la pratique du voile intégral sur le territoire national, Président M. André Gérin, Rapporteur M. Éric Raoult, Députés , 26 janvier 2010. Texte :
http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2262.asp, Audition d’Elizabeth Badinter, 9 septembre 2009, p. 104.

[2] « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public».

http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/contre_l_obscurantisme/


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Re: La liberté de conscience des femmes

Message  Invité le Lun 17 Mai 2010 - 16:49


Mais je m'égare du sujet La liberté de conscience des femmes, je voulais essayer de dire qu'il ne faut pas tomber dans le piège ou la caricature d'une société musulmane figée dont la femme musulmane voilée serait représentative, comme le rappelle Valentine Zuber
La figure stéréotypée de la femme musulmane voilée comme prototype de la victime a été popularisée par le grand débat politico-médiatique pour être ensuite instrumentalisée par le discours des féministes républicaines...
En disant cela, je ne veux que dire, qu'il ne faut pas que ce discours xénophobe, populiste, partisan, politique ... ne nous enfile une burqua sur la tête ... qui nous empêcherait de voir honnêtement que la réalité du monde musuluman est toute autre que cette pauvre caricature en carton pâte qu'on nous présente.
La femme voilée (peu ou beaucoup), n'est pas plus représentative de la femme musulmane, que ne l'est la poupée Barbie de la femme occidentale (soit disant "libérée")


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Re: La liberté de conscience des femmes

Message  Invité le Lun 17 Mai 2010 - 17:08

Je ne vois pas le rapport avec le film Dunia qui dénonce des choses qui se passent dans les pays musulmans. Il ne faut pas tout confondre. Ne mélange pas tout toi non plus !
Hormis le côté engagé du scénario, il me semble que cette jeune actrice égyptienne Hanan Turk qui joue Dunia s'exprime librement, sans voiles ... non ?

Il ne faut pas mettre tout sur le compte du religieux (ou du politique) Assunta, d'autres savent tirer partie de la situation ...
Démonstration par l'exemple:
Les valeurs véhiculées passent par ...

Au cours de la dernière année, les poupées Barbie ont presque complètement disparu de la plupart des magasins de jouets au Moyen-Orient. Pour les remplacer, il y a maintenant Fulla, une poupée aux yeux foncés qui, au dire de ses créateurs, possède des «valeurs musulmanes».

Pour ce qui est de sa taille, Fulla ressemble à Barbie, mais elle émerge de sa boîte d’un rose éclatant vêtue d’un abaya noir -longue robe traditionnelle couvrant la poupée des pieds à la tête-avec un foulard assorti. Son nom lui vient d’un type de jasmin cultivé au Levant. Même si elle possède une belle garde-robe fournie - vendue séparément bien entendu - Fulla n’est montrée qu’avec ses modestes «vêtements d’extérieur».

En novembre 2003, la firme syrienne NewBoy lançait Fulla, qui est rapidement devenu un best-seller dans toute cette région du globe. Il est impossible de déambuler en Syrie, en Égypte, en Jordanie ou au Qatar sans tomber en magasin sur les céréales Fulla, la gomme à mâcher Fulla ou encore de voir les petites filles pédaler sur leur vélo Fulla, de couleur rose.

Tout en rose

Les jeunes filles sont obsédées par Fulla et leurs parents, qui n’avaient jamais rêvé d’acheter une Barbie à leur enfant, semblent heureux de leur offrir cette modeste poupée qui possède son propre petit tapis de prière, évidemment de couleur rose. Les fillettes qui veulent ressembler à leur poupée peuvent s’acheter un ensemble tapis et foulard tout en rose.

Fulla n’est pas la seule poupée à porter le hidjab, le couvre-chef islamique traditionnel utilisé par les femmes à l’extérieur de la maison afin que leurs cheveux ne puissent être vus par des hommes qui ne sont pas membres de leur famille.

Mattel vend une poupée de collectionneur qui s’appelle Leila. En Iran, une poupée voilée répondant au nom de Sara est également en vente. Une firme du Michigan vend une poupée prénommée Razanne. Voilée, Razanne vise les consommateurs musulmans qui vivent aux États-Unis et en Europe.

Toutefois, aucune d’entre elles ne jouit de la popularité de Fulla. Ses créateurs, de la firme NewBoy, pensent que cela est dû au fait qu’ils connaissent davantage le marché arabe que leurs concurrents.

«Il ne s’agit pas que de mettre un hidjab à une poupée Barbie. Il faut créer un personnage auquel les parents et les enfants pourront s’identifier. Notre publicité déborde de messages positifs à propos des qualités de Fulla. Elle est honnête, aimante, prévenante et elle respecte son père et sa mère», précise un des dirigeants de NewBoy.

Pas de petit copain

Même si l’on prévoit lancer sur le marché une Fulla médecin et une Fulla enseignante, une chose est certaine, Fulla n’aura jamais de petit copain, comme le Ken de Barbie.

Sur les chaînes de télé satellite diffusées dans le monde arabe, les publicités de Fulla sont incessantes. Un dessin animé donne à Fulla une voix haut perchée qui chante en arabe: «Elle sera bientôt à mes côtés et je pourrai lui raconter des secrets intimes.»

Dans cette même publicité, Fulla traverse l’écran en volant, dit ses prières au lever du soleil et prépare un gâteau surprise pour son amie Yasmeen, toutes ces scènes démontrant les valeurs de Fulla, selon NewBoy.

Dans une autre série de pubs, des actrices syriennes présentent les effets personnels de Fulla, en rappelant aux auditrices: «Quand vous sortez Fulla de la maison, n’oubliez pas de lui faire porter son abaya!»

Ben oui, elle a pas de Ken celle-là...
http://www.forum-algerie.com/discussion-generale/22269-barbie-en-tchador.html





Les homme politiques ou religieux peuvent bien nous raconter ce qu'ils veulent, les valeurs véhiculées passent par ... la société civile ...
Les transmetteurs c'est nous !

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Re: La liberté de conscience des femmes

Message  Invité le Lun 17 Mai 2010 - 17:21

Les problèmes rencontrés doivent aller au-delà du voile et des transmissions. Mais ceux qui transmettent ce sont ceux et celles qui adhèrent, soutiennent des valeurs et on en revient toujours à ce que la politique certes mais particulièrement la religion et sa mauvaise interprétation qui véhiculent des idées complètement folles et contraire à ce que veut Dieu.

Ils transmettent parce qu'on les conditionne et bcp acceptent de se laisser conditionner pour ne pas se remettre en question.
Le film Dounia dénonce cela aussi. Tout ne s'arrête pas à une question de voile, même dans ce film. Le voile (et pire la burqa) est la partie immergée que cause la mauvaise interprétation du Coran et des lois créées faisant croire que cela vient du Coran donc de Dieu !!

Si on devait voir (dans toutes les sociétés) tout ce qui est faux point de vue retransmission, tout serait à changer, ou en grande partie.
Ce n'est pas moins ce que Dieu dit à Arès ! Il nous demande bien de changer ce monde.

Dieu ne nous demande pas à adhérer à des valeurs obsolètes qui nient l'humain, son libre-arbitre et le défigure dans sa chair et son esprit et rabaisse le genre auquel il appartient.

un peu d'humour malgré tout

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Re: La liberté de conscience des femmes

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